Alfred Strebel, 49 ans, est l'une des personnalités en vue de l'industrie suisse des fonds de placement, «un marché réservé aux marathoniens et non aux sprinters», déclare-t-il au Temps. La société de gestion et l'investisseur qui réussissent sur les marchés financiers ont un horizon à long terme. Alfred Strebel dirige depuis 10 ans les activités suisses de Fidelity, l'un des leaders mondiaux des fonds de placement, avec 10 milliards de francs sous gestion dans notre pays. Un montant qui a été multiplié par 20 en dix ans.

L'objectif d'Alfred Strebel est d'être le meilleur groupe étranger en Suisse en termes de service, d'offre et de performance parmi les distributeurs de fonds de placement. A cet effet il dispose d'une équipe basée à Zurich (10 employés) et Genève (3 employés, ainsi qu'Alexander Scurlock, gérant du plus grand fonds géré en Europe, le «Fidelity European Growth Fund»). Et à l'avenir, il tient à s'impliquer dans le développement des produits afin de faire correspondre ceux-ci aux besoins du client et à multiplier les initiatives dans les placements alternatifs.

Son parcours démarre dans le trading: apprentissage bancaire à la Banque Leu, puis licence en économie, master en finance, ensuite trader au CSFB sous la direction d'Oswald Grübel, à Zurich puis à Londres. Dans la City, il se spécialise comme «market maker» dans les obligations convertibles, fait carrière chez Merrill Lynch, puis Drexel Burnham et revient en Suisse en 1990, à la Banque Vontobel à la tête du négoce des actions étrangères. Anticipant la fin du système de bourse «à la criée», il rejoint Reuters et prend la tête du développement des produits. C'est en 1998 qu'il entre chez Fidelity dans le conseil aux banques (sales director), et, en 2002, devient responsable du marché suisse, gérant 500 millions d'actifs. En 2007, Alfred Strebel se voit attribuer également la responsabilité des marchés allemand (200 employés) et autrichien avec l'objectif de restaurer leur rentabilité. Le marché allemand est, à son avis, plus orienté sur la sécurité, les garanties, et les obligations, alors que le marché suisse apprécie surtout les actions.

Projets pour institutionnels

C'est le mois dernier, en avril 2008, qu'il redonne les clés des activités allemandes pour se concentrer sur la Suisse et l'Autriche et gérer dès que possible l'expansion en Europe de l'Est. Depuis quelques mois, en Suisse, il a également été décidé d'investir sur le marché des caisses de pension. Il a ainsi engagé, à Zurich, un responsable expérimenté de Julius Bär.

Fidelity, avec ses 50 000 employés, bénéficie d'une image claire «d'adepte de la gestion active», une gestion s'écartant de la composition des indices et fonction des opinions du gérant. Son approche devrait plaire aux assureurs et à leur besoin d'outsourcing, estime-t-il. Les nouveaux produits témoignent de cet objectif, à l'image d'un fonds sur l'immobilier international, y compris un fonds sur l'achat et la promotion directe d'immeubles.

Fidelity compte aussi lancer davantage de produits à caractère «Absolute return», par exemple dans le segment «market neutral» (indépendant de la tendance de l'indice). Une autre piste émerge, celle des fonds en tant qu'instruments de prévoyance.

Selon Alfred Strebel, il ne s'agit pas de développer des produits financiers plus complexes. «Comme dans l'automobile, le client croit souvent à tort que la complexité est un progrès.» Il déplore d'ailleurs que les politiciens limitent aussi fortement les choix des investisseurs: «Il y a trop de protectionnisme en finance.»

Fidelity tient à porter son regard au-delà des cycles: au moment où les banques d'investissement suppriment massivement des emplois, Fidelity maintient le cap et engage des analystes.