L'été 2003 s'avère chaud sur le front des rachats dans la gestion de fortune. Des acteurs du marché parmi les plus dynamiques (UBS, Société Générale) procèdent à la reprise de petits portefeuilles de clientèle privée haut de gamme à bas prix. Acquérir des gérants et de la clientèle avec un minimum d'infrastructure bancaire: tel est l'objectif des acheteurs.

Fin mai, la Société Générale a pris le contrôle (67%) de la Compagnie Bancaire Genève (CBG). La troisième banque française hisse du même coup ses avoirs de clientèle privée en Suisse de 6,2 à 17,8 milliards de francs. Le même mois, EFG Private Bank annonce le rachat de la Banque Edouard Constant (BEC), en quasi-faillite. La Fondation de famille Sandoz, propriétaire de la BEC, sera minoritaire dans le capital de la banque fusionnée. Tout en complétant son portefeuille, constitué essentiellement de «millionnaires étrangers», par une clientèle privée suisse, cette opération porte les avoirs sous gestion de EFG Private Bank à 17 milliards. La banque genevoise contrôlée par la famille du milliardaire grec John Latsis veut atteindre les 20 milliards de francs d'ici à la fin de l'année.

Toujours en mai, UBS a racheté les activités de gestion de fortune de Lloyds TSB en France. La grande banque suisse accède ainsi à bon prix (le goodwill de Lloyds France étant fortement déprécié) à 1 milliard d'euros d'actifs de clientèle haut de gamme «onshore» (soit gérés en France même).

Reste à connaître le sort de Lloyds TSB Suisse. «Il n'y a pas de projet de vendre nos activités en Suisse, répond Marc Swyny, porte-parole de Lloyds pour la Suisse. Le groupe a une longue histoire d'activité de private banking à Genève, et reste engagé dans ce domaine.» Les activités du géant britannique en Suisse ont connu une notable restructuration. En avril, L'Agefi faisait état de 75 suppressions de postes, soit 17% de l'effectif estimé à 450 personnes à Genève, Zurich et Lugano. Mais Lloyds TSB Suisse n'a pas voulu confirmer ces chiffres. «A l'instar d'autres établissements, nous sommes passés par une phase de réduction des postes cette année, qui est à présent terminée», a seulement déclaré Marc Swyny. Lloyds gère plus de 18 milliards de francs en Suisse.

Un tel portefeuille d'avoirs privés internationaux (offshore) n'intéresserait pas un groupe comme UBS, déjà leader sur ce marché. La grande banque cible avant tout «les boutiques onshore au cœur même des marchés européens», souligne Monika Dunant, porte-parole du groupe. D'où l'intérêt pour Lloyds TSB France.

A cet égard, la décision jeudi de la banque privée zurichoise Julius Bär de vendre son unité de courtage européenne peut surprendre, commente Raphael Prongue, trader à la banque Sarasin: «Grâce à son brokerage européen, Julius Bär bénéficiait d'une présence européenne non négligeable, qui lui offrait une bonne infrastructure pour lancer des opérations de gestion de fortune onshore. A présent, il lui faudra repartir de zéro pour s'implanter en Europe.»

La quête par de gros racheteurs de profils de gestion de type onshore contribue à réduire l'attractivité des gestionnaires de fortune helvétiques. Ainsi, plusieurs établissements suisses sont à vendre et ne trouvent pas facilement preneur. C'est le cas de la Banca del Gottardo, qui ne vaut plus que la moitié des 2,4 milliards de francs que l'assureur Swiss Life avait payés pour l'acquérir en 1999. Selon NZZ am Sonntag d'hier, un accord n'a pu être trouvé pour sa reprise par la Banca della Svizzera Italiana, filiale de Generali Assurances.

Les difficultés du groupe bancaire allemand HVB, propriétaire de la banque privée bernoise Von Ernst, laissent présager des désinvestissements, le dernier en date étant celui, annoncé jeudi, de sa filiale de crédits Norisbank.

Annonce imminente de Galland

Enfin, une annonce au sujet de l'avenir de la Banque Galland & Cie serait imminente, selon Daniel Herrera, porte-parole de la Banque Cantonale Vaudoise (BCV), propriétaire de l'établissement lausannois. La Banque de Dépôts et de Gestion a figuré parmi les candidats les plus sérieux au rachat de Galland.

«Ce n'est pas le scénario le plus probable», a toutefois déclaré vendredi Michel Adam, directeur à la BCV. «Les deux options restent ouvertes, indique Daniel Herrera: à savoir une fusion avec la banque Piguet (l'autre établissement privé de la BCV, ndlr), ou une vente à une banque tierce.»