C'est une figure du paysage télévisuel français qui s'efface. Etienne Mougeotte est décédé jeudi à l'âge de 81 ans, a annoncé un proche à l'agence AFP. Il a été le numéro deux du groupe TF1 pendant près de 20 ans, puis notamment à la tête des rédactions du quotidien Le Figaro de 2007 et 2012.

Etienne Mougeotte «est décédé cet après-midi» à l'hôpital des suites d'une maladie, a précisé Francis Morel, ami proche de la famille et de l'ancien dirigeant. L'information a également été diffusée par Europe 1 et Le Figaro, des rédactions qu'il a dirigées.

Vice-président de TF1 pendant près de vingt ans, il expliquait «dissocier (ses) goûts personnels des exigences du support pour lequel (il) travaille». «J'adore l'opéra mais jamais je n'en mettrai sur TF1 à 20h30».

Accusé de céder parfois à la facilité dans sa course à l'audience, il soulignait alors invariablement «le divorce entre les élites et le peuple: il y a toujours un monde entre l'immense majorité des gens qui regardent la télévision et ceux qui écrivent sur elle».

Des tensions au «Figaro»

«Malin», «filou» ou «madré», les journalistes du Figaro reconnaissaient son professionnalisme, mais son engagement trop visible en faveur de Nicolas Sarkozy avait fait des vagues au sein du journal.

Lors de la dernière campagne, à coup de gros titres anti-Hollande, la Une du Figaro était devenue une «caricature», estime un journaliste. Au point que François Hollande refusa d'accorder des interviews au journal, provoquant regrets et amertume de sa Société des Journalistes.

«On n'est pas là pour emmerder Sarkozy, ceux qui sont pas contents peuvent aller travailler ailleurs», rétorquait sans détour Mougeotte, de sa voix rocailleuse, séquelle d'un cancer de la gorge.

D'abord à France Inter

Après des études à Sciences Po Paris d'où il garde des amitiés fidèles, le jeune journaliste débute sa carrière en 1965 à Paris Normandie avant de rejoindre France Inter comme reporter, puis correspondant à Beyrouth.

Il passe chez Europe 1 en 1968 avant d'aller à la télévision, alors la Première chaîne de l'ORTF, puis brièvement à RTL, et revient chez Europe 1 en 1973, où il est rédacteur en chef puis directeur de l'information. Arrive l'élection de François Mitterrand en 1981, Jean-Luc Lagardère lui confie alors la direction du Journal du Dimanche.

Trois ans plus tard, toujours chez Lagardère, il dirigera Télé 7 Jours. Il se familiarise alors avec les grilles de programmes et les goûts du grand public, un enseignement qu'il mettra ensuite à profit chez TF1.

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Bouygues le débauche pour TF1

En 1987, il épaule Jean-Luc Lagardère, candidat malheureux à la privatisation de TF1. Francis Bouygues l'emportera et embauchera Mougeotte comme directeur d'antenne.

Le tandem formé par Etienne Mougeotte/Patrick Le Lay, PDG de la chaîne, dissemblables mais complémentaires, transforme TF1 en véritable machine à audience. Patrick Le Lay est l'homme de la formule du «temps de cerveau disponible». La chaîne s'installe rapidement comme leader incontesté de la télévision en France (une position qu'elle occupe toujours) et fait figure d'exception en Europe. Il avait quitté TF1 peu après l'arrivée à sa tête de Nonce Paolini, successeur de Patrick Le Lay.

Il avait présidé «Valeurs actuelles»

Parmi ses dernières aventures professionnelles: la direction de la station Radio Classique de 2012 à 2018 et la présidence depuis 2015 du groupe de presse Valmonde, propriétaire de l'hebdomadaire conservateur Valeurs actuelles.