embargo

La filiale genevoise de BNP Paribas pourrait être amenée à survivre sans dollars

En plus d’une amende historique, la banque française écoperait d’une peine opérationnelle. Préoccupés, les employés commencent à se syndiquer

La filiale genevoise de BNP Paribas pourrait devoir survivre sans dollars

Embargo En plus d’une amende record, la banque française écoperait d’une peine opérationnelle

Préoccupés, les employés commencent à se syndiquer

Le sort de BNP Paribas pourrait être scellé dès ce lundi. A en croire le New York Times de vendredi, les autorités américaines espèrent pouvoir annoncer à cette date le contenu de l’accord transactionnel avec la première banque française en termes de capitalisation, inculpée pour avoir contourné des sanctions contre l’Iran, le Soudan ou Cuba.

L’établissement aurait déjà reconnu sa culpabilité. Et accepté de payer une amende historique de 8,9 milliards de dollars, soit environ l’équivalent de ses bénéfices espérés en 2014. A la demande des autorités américaines, la banque aurait aussi sanctionné des dizaines d’employés, dont plusieurs responsables de haut rang, indiquait vendredi Le Monde.

Toutefois, le pire est peut-être encore à venir. L’accord avec les services du régulateur de la finance de l’Etat de New York devrait prévoir une suspension partielle, dès 2015, des opérations de compensation en dollars. Paris, Singapour et surtout ­Genève, où sont implantées ses principales activités de courtage, sont concernés. Conséquence: BNP Paribas va devoir sous-traiter ses transferts de fonds libellés en billets verts à des banques correspondantes aux Etats-Unis.

«Cette mesure symbolique reste toutefois limitée dans le temps et dans son périmètre», indique une source anonyme proche du dossier, qui a pour interdiction formelle de s’exprimer publiquement sur cette affaire. Si la mesure affecte toute la banque, cette dernière se verrait proscrite de dollars pendant six mois. Douze mois si la sanction est circonscrite géographiquement ou à certains métiers, comme le financement d’opérations sur le pétrole ou le gaz, activités au cœur du litige.

«Par ailleurs, les autorités américaines n’entendent rien imposer du jour au lendemain, mais prévoient une période de transition pour permettre à BNP Paribas de se constituer un réseau d’intermédiaires et d’organiser la communication auprès de sa clientèle», poursuit notre interlocuteur.

Quelles conséquences pour Genève? Cette rupture d’activité s’annonce dommageable en termes de réputation et – dans une mesure difficile à évaluer – d’emploi. «Par cumul d’effet avec l’amende, on s’attend à un impact sur le marché du travail», estime Denise Chervet, directrice de l’Association suisse des employés de banque. Signe d’inquiétude: plus d’une dizaine de salariés de BNP Paribas (qui compte 1700 collaborateurs en Suisse, dont environ 400 travaillent en lien avec le commerce des matières premières) se sont syndiqués le mois passé. «En temps normal, on n’accueille pas de nouveaux membres», ajoute-t-elle.

A ce phénomène inhabituel, s’ajoutent les craintes quant à la réaction des clients de la banque. «De premier de la classe, le statut de BNP Paribas a basculé à celui de cancre du secteur, signale un analyste, également interdit de commenter la situation. Si en plus la banque doit faire appel à des sous-traitants, cela engendrera un coût. Même si ce dernier devrait être supportable, le processus, lui, s’en trouvera plus compliqué. Certains clients, pour des raisons pratiques, pourraient à l’avenir s’adresser directement à la concurrence.»

BNP Paribas fait partie des quatre banques françaises dites systémiques, au même rang que les 29 établissements identifiés com­me tels à l’échelon mondial. «Il faut dédramatiser la situation. Il y a eu trop de dérapages verbaux ces derniers temps, ajoute cet analyste. BNP Paribas est certes importante par sa taille de bilan, sa complexité opérationnelle ou son portefeuille de produits dérivés. Mais cette amende assortie d’une interdiction de compensation n’engendre aucun risque systémique.»

Pourquoi BNP Paribas écope d’une sanction opérationnelle en plus d’une grosse amende? L’institution n’a pourtant violé aucune loi sur le sol américain, contrairement à Credit Suisse qui, elle, a dû s’affranchir d’une peine pécuniaire de 2,5 milliards de dollars. «Vu la gravité des faits qui sont reprochés à BNP [falsification de transactions pour 100 milliards de dollars, dont 30 milliards concernant des pays sous embargo, ndlr], la punition n’est pas déraisonnable, considère notre première source anonyme, qui a dirigé par le passé une banque outre-Atlantique. L’évasion fiscale est un crime grave aux Etats-Unis. Mais dans l’esprit des Américains, violer un embargo est encore pire, car il s’agit de politique étrangère. Ce type d’agissements place leurs auteurs dans le camp de l’ennemi.»

Depuis les révélations sur l’enquête américaine, le 30 avril dernier, l’action BNP Paribas a perdu un peu plus de 9% en bourse, soit plus de 8 milliards de dollars.

«Certains clients, pour des raisons pratiques, pourraient dorénavant s’adresser directement à la concurrence»

Publicité