«Nous avons lancé ce matin 56 mandats d’arrêt», a déclaré à la presse à Rome Giancarlo Capaldo, magistrat chargé de l’enquête. Ce dernier n’a pas précisé le nombre de personnes effectivement arrêtées, se limitant à dire que «la majeure partie» d’entre elles avaient été incarcérées.

Sur les 56 mandats d’arrêts, neuf concernent des personnes au Royaume-Uni, en Suisse et aux Etats-Unis, les autres visant des citoyens italiens, dont le sénateur Nicola Di Girolamo, membre du Peuple de la liberté (PDL), le parti de Silvio Berlusconi, et l’ancien patron de Fastweb, Silvio Scaglia.

Services fictifs

Selon le magistrat, des dirigeants de Fastweb et de Telecom Italia Sparkle ont, par un jeu d’écritures comptables, facturé un total environ 1,8 milliard d’euros (2,6 milliards de francs) de services téléphoniques et internet jamais effectués auprès de sociétés étrangères de complaisance. Ils ont ainsi fraudé de cette manière le fisc pour un montant de 365 millions d’euros.

Fastweb et Telecom Italia, qui s’estiment lésés dans cette affaire, ont rétorqué que les faits reprochés, qui remontent à la période 2005-2006, avaient été commis par des fournisseurs ou des gestionnaires de services.

Faits connus

Le porte-parole de Swisscom Sepp Huber a confirmé que les faits étaient antérieurs au rachat de Fastweb en 2007 par Swisscom, qui contrôle désormais plus de 80% du fournisseur de haut débit. «Ces allégations étaient connues au moment de la reprise de Fastweb. Nous en avons tenu compte dans notre évaluation des risques de la société», a souligné le porte-parole.

Stefano Parisi, l’actuel directeur général de Fastweb, ainsi que deux autres dirigeants du groupe, sont également sous le coup de l’enquête, a précisé Fastweb. Les groupes ont par ailleurs indiqué que le parquet avait réclamé une mesure de mise sous tutelle à leur encontre. Un juge statuera sur cette requête le 2 mars.

A la Bourse de Milan, cette affaire a fait chuter le titre Fastweb de 7,56% à 15.05 euros tandis que Telecom Italia a cédé 2,87% à 1083 euro, dans un marché en baisse de 2,21%.

Selon le magistrat, le sénateur Di Girolamo s’est retrouvé impliqué dans cette affaire en tant que conseiller financier, mais celle-ci a également fait ressortir des liens avec la mafia. Le sénateur est protégé par l’immunité parlementaire qui devra être levée par le Sénat pour que l’on puisse l’arrêter.

Prêt à se rendre

L’ancien patron de Fastweb, Silvio Scaglia, est lui toujours «recherché», a précisé le magistrat. Selon l’agence italienne Ansa, M. Scaglia, qui se trouverait actuellement à l’étranger, s’est déclaré innocent et disposé à répondre aux questions de la justice dans les délais les plus brefs.

La justice italienne a parallèlement entamé la mise sous séquestre de nombreux biens immobiliers et mobiliers, en Italie et à l’étranger, pour une valeur de plusieurs dizaines de millions d’euros, selon Ansa.