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© The Montifraulo Collection/Getty Images

Formation

Pourquoi les filles ne doivent pas jouer à la poupée

L’appartenance au groupe social «hommes» ou au groupe social «femmes» entraîne des différences de traitement dès l’enfance qui se répercutent sur les trajectoires professionnelles. Explications

Comment parler de ce qui, dans le masculin et le féminin, est socialement construit? La BBC a récemment fait le test suivant: un adulte pense qu’il garde la petite Sophie, alors qu’il s’agit en réalité du petit Edward habillé d’une robe. Quel jouet va-t-il lui proposer? De façon intéressante, la majorité des adultes ont systématiquement choisi une poupée ou une peluche rose pour la fille qu'ils se contentaient d'agiter sous ses yeux, alors que le garçon se voyait proposer un robot, une toupie et une petite voiture accompagnés de la question: "what does this do?". Plus surprenant encore, ces adultes n’avaient pas conscience de proposer des jouets aux enfants en fonction de leurs vêtements. «Cela me surprend. Je n’ai pas fait ça intentionnellement. Je pensais avoir l’esprit très ouvert, mais visiblement…», a expliqué par la suite une participante

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Un artefact et non un fait de nature

Proposer des jouets stéréotypés peut paraître innocent. Cela a cependant des conséquences non négligeables sur le développement des enfants. En effet, les «jouets pour garçons» tels que les tracteurs, les hélicoptères, ou encore les trains électriques favorisent la dextérité, la perception spatiale et l’aisance physique. «Lorsque ces derniers y jouent, on observe une modification de leur cerveau sur le plan physique en seulement trois mois», indique le journaliste de la BBC. Sans surprise, les garçons sont par la suite plus nombreux à exercer les métiers qui requièrent une bonne orientation spatiale et de la dextérité. Ceux-ci ne sont cependant pas meilleurs par nature que les filles dans ces domaines. En effet, s’ils s’intéressent davantage que celles-ci aux études d’ingénierie, de science et de technologie, c’est avant tout en raison de leur éducation et du comportement des adultes qui les entourent.

Une femme qui, enfant, a été rassurée sur sa logique et ses stratégies intellectuelles optera souvent pour un métier dit masculin

«Le corps enseignant ne se comporte pas de la même façon avec les filles et avec les garçons, confirme Françoise Piron dans Le fruit de la mixité. Il consacre plus de temps aux garçons. Les enseignants ont encore tendance à complimenter la fille sur son écriture soignée, sur sa présentation. Alors qu’ils félicitent le garçon sur sa logique, sur sa manière de développer un sujet, sur ses stratégies intellectuelles. Le garçon est régulièrement rassuré sur la qualité de sa structure mentale. Pas la fille. Du coup, elle n’est pas sûre de sa stratégie intellectuelle.»

Plus tard, parce qu’elle n’a jamais été rassurée sur ses compétences intellectuelles ou techniques, une femme évitera les formations puis, logiquement, les postes liés à la production, à la technique ou à la gestion de projet. «Elle ira plutôt dans les fonctions dites de support, communication, marketing et ressources humaines», poursuit Françoise Piron, étant précisé que les formations considérées comme «masculines» sont celles qui conduisent le plus souvent à des postes de direction. Les femmes sont ainsi surreprésentées dans l’éducation, la santé et le social, et sous-représentées dans la production et l’ingénierie.

Pourtant, une femme qui, enfant, a été rassurée sur sa logique et ses stratégies intellectuelles optera souvent pour un métier dit masculin. Anne-Laure Michel, rare femme pilote de chasse, commandante d’escadrille de 2008 à 2010, a ainsi déclaré sur le site du gouvernement Emploipublic.fr: «Mon père est pilote de chasse. Dans la famille, on compte un grand nombre de pilotes. Aussi bien dans les loisirs que dans la vie de tous les jours, j’ai toujours connu l’aéronautique.»

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Chirurgien, un métier masculin?

Les stéréotypes ont cependant la vie dure, comme le démontre un autre test, réalisé cette fois par une chaîne de télévision espagnole. Des participants se voient poser l’énigme suivante: un père et son fils ont un accident de voiture. Le père décède. L’enfant est aussitôt conduit à l’hôpital. Sur la table d’opération, l'urgentiste refuse d’opérer car il s’agit de son fils. Comment expliquer cela? Parmi les réponses données, citons: «Il s’agit d’un couple d’homosexuels», «le père n’était pas vraiment mort», ou encore «l’enfant était adopté et le chirurgien est son père biologique». Aucun des participants n’a songé à la réponse évidente, à savoir qu’il s’agissait de la mère. «Dans le milieu médical qui n’est pas exempt de machisme, on a longtemps considéré que le métier de chirurgien était un métier d’homme», note Florence Sandis dans Brisez le plafond de verre. Les femmes étaient de ce fait très minoritaires chez les médecins jusqu’à la dernière guerre. Pourtant, dans ce domaine encore, ces dernières ont les mêmes capacités que les hommes.

La formation des enseignants en matière de stéréotypes de sexe est un enjeu fondamental pour penser le changement

Un constat s’impose. La formation des enseignants en matière de stéréotypes de sexe est un enjeu fondamental pour penser le changement. A cet égard, il n’est pas rare que les femmes qui ont réussi dans des métiers dits d’hommes évoquent le rôle de leurs professeurs. Ce fut le cas pour Najoua Arduini-Elatfani, ingénieure en BTP. «J’ai eu la chance de rencontrer une professeure en biologie et une professeure en mathématiques qui m’ont poussée à faire des études supérieures pour devenir ingénieure.»

En Suisse, l’Académie suisse des sciences techniques (SATW) propose aux établissements du secondaire II d’organiser un TecDay. Durant cette journée de rencontre entre élèves et professionnels des métiers et sciences techniques, la préférence est donnée aux intervenantes. L’objectif? Echanger avec des experts sur des sujets technologiques variés – l’énergie éolienne, la technologie dans l’aviation, ou encore l’exploration des cellules en 3D – mais aussi et surtout comprendre que ce sont également les femmes qui résolvent les problèmes techniques liés au développement de notre société. Parallèlement, l’académie est en train de mettre en place avec l’aide de femmes mentors issues de ces domaines techniques un programme de mentorat, Swiss TecLadies, spécialement dédié aux jeunes filles.

Retrouvez notre page spéciale sur l'égalité entre femmes et hommes

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