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Fillon-Juppé, deux stratégies pour «libérer l’économie française»

Les deux candidats au second tour de la primaire de la droite française s’affrontent la rupture, le rythme et l’intensité des réformes. Mais les patrons préfèrent Fillon.

Dans la grande salle du QG de campagne de François Fillon, juste à côté de l’Assemblée nationale, les photos du candidat donnent une image de son ancrage économique originel. Pas un seul cliché en compagnie de jeunes entrepreneurs. Pas l’ombre d’une tablette ou d’un ordinateur. L’ancien premier ministre, ultra-favori pour le second tour de la primaire de la droite française, pose devant un TGV, dans une exploitation agricole, dans une usine automobile…

Priorité à l’industrie et aux forces de production traditionnelles de l’hexagone. Avec, comme principal angle d’attaque, «la liberté la plus totale pour les entreprises» et la nécessité pour l’Etat de «cesser d’emmerder les Français» comme le répétait autrefois un certain… Georges Pompidou. «Son originalité est d’être venu à partir de la base aux solutions libérales qu’il préconise aujourd’hui, note son conseiller Hervé Novelli, ancien ministre du commerce et de l’artisanat dans son gouvernement. Fillon a écouté les Français et a compris leur fatigue de la bureaucratie et des contraintes».

Plus technocratique, moins industriel

Images différentes au QG d’Alain Juppé: la tonalité, là, est plus technocratique et moins industrielle. La réussite de sa ville de Bordeaux et de son arrière-pays à forte concentration d’industrie aéronautique (Dassault) est mise en avant. Le secteur numérique sur lequel mise aussi Bordeaux – ville la plus attractive de France pour les «nomades digitaux» – est beaucoup plus présent. Résultat: avantage Fillon chez les patrons. «Il est plus proche des réalités vécues par la moyenne du patronat, reconnaît un proche de Pierre Gattaz, le président du MEDEF. Il se fie plus aux récits des personnes qu’aux statistiques. Il sent que beaucoup d’acteurs économiques sont au bord de l’épuisement».

La conséquence est une nette différence d’approche. Chez Fillon? La volonté d’une thérapie de choc sur trois axes. 1) Une réforme fiscale avec la suppression de l’impôt sur la fortune (ISF), des baisses massives de charges pour les entreprises (-40 milliards d'euros dès 2017), et une hausse de 2% de la TVA pour compenser le tout. 2) Un remue-ménage social avec la suppression des 35 heures hebdomadaires de travail (sans compensation salariale obligatoire) et le report de l’âge minimum du départ en retraite à 65 ans (contre 62 actuellement). 3) Une réorganisation de l’Etat avec la suppression de 500 000 emplois publics sur le quinquennat (soit le non-renouvellement d’un poste de fonctionnaire et contractuel sur deux).

«En clair, un tel choc est l’inverse de ce que fit Mitterrand en 1981 avec les nationalisations», se félicite l’analyste Gaspard Koenig, du Think-Tank Génération Libre, auteur des «Aventuriers de la liberté» (Ed. Plon).

Passer à 39 heures

Chez Juppé? Une réponse en trois actes. D’abord la négociation, privilégiée pour supprimer entre 200 et 300 000 postes de fonctionnaires ou contractuels, pour s’assurer que la durée effective hebdomadaire du travail soit bien à 35 heures, et pour déterminer les compensations salariales afin de passer en deux ans à 37 puis à 39 heures. Ensuite la recherche de gains de productivité par la numérisation accélérée de l’administration. Côté fiscal enfin: même promesse d’abroger l’ISF, mais baisses de charges de 21 milliards d’euros et augmentation de la TVA d’un point. Soit des propositions à mi-chemin de celles de son adversaire.

Dans les deux cas, la volonté affichée par les candidats qui s’affronteront jeudi lors d’un débat télévisé est donc celle de la rupture et de la «libération de l’économie». Problème: Comment faire accepter cette rupture des Français et des partenaires sociaux s’ils sont élus? Et comment éviter que ces baisses de recettes fiscales, typiques d’une politique de l’offre, n’interviennent pas à contre-cycle, en période de faible croissance, dans un pays où les dépenses publiques représentent 57,5% du PIB, et où leur contraction se traduire immanquablement par des baisses de commandes des collectivités locales et des administrations? L’augmentation du déficit public envisagé a de quoi faire frémir Bruxelles: 4,7% en 2017, 4,5% en 2018 au lieu des 3,3% de cette année.

Pas de libéralisation

Juppé et Fillon se rejoignent par ailleurs sur un point: ni l’un, ni l’autre ne proposent de libéraliser franchement le marché du travail, auquel le gouvernement socialiste a commencé à s’attaquer cette année avec la loi El Khomri. La question du chômage massif (10% au troisième trimestre 2016) reste par conséquent posée. «Tout va dépendre de l’attitude des entreprises et du climat de confiance, reconnaît-on au Medef. Notre position est de plaider pour des réformes les plus claires, les plus visibles et les plus stables dans la durée». Soit plutôt l’approche Fillon…

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