finance durable

Le filtre durable doit aussi porter sur l’immobilier

Dès la fin de 2013, Retraites Populaires entend passer au scanner environnemental, social et de gouvernance à la fois le portefeuille et les différentes positions. L’institut effectue le «screening» des positions. L’analyse doit également intégrer l’immobilier

Retraites Populaires gère 15 milliards de francs en titres et 3,2 milliards en immeubles, selon Serge Ledermann, directeur de la Division finances de l’institut ­vaudois depuis un an. L’entreprise gère non seulement ses propres actifs, mais aussi ceux de la Caisse de pensions de l’Etat de Vaud, de la Caisse intercommunale de pensions, de Profelia, de Forces Vives ainsi que de la Caisse de pensions du personnel communal de Lausanne et de la CCAP de Neuchâtel.

La sensibilité durable fait partie de l’ADN de l’institut, puisqu’elle remonte aux origines de Retraites Populaires, selon Serge Ledermann. Ces quinze dernières années, ce rôle a été davantage formalisé. «Nous voulons qu’existe une grande cohérence entre l’entreprise, sa mission et ce que nous faisons pour nos mandants», selon le directeur. L’environnement de travail, la certification Equal-salary, le télétravail, la gestion de l’immeuble principal et sa future connexion à un chauffage par réutilisation des déchets sont quelques exemples marquants.

Dans la gestion Retraites Populaires, le principe de mutualité est crucial. «Nous gérons ­chaque classe d’actifs de la même manière pour tous les mandants. En raison de cet ob­jectif ­d’ho­mo­généité, nous disposons de 12 fonds institutionnels dans lesquels nous investissons au travers des fonds de placement, notamment. Chaque classe d’actifs (actions suisses, etc.) est un fonds de fonds avec 10 à 20 gérants», selon Serge Ledermann. Le moteur de gestion, c’est l’allocation d’actifs et, à l’intérieur de chaque poche, la construction de portefeuilles et le choix des gérants.

Le Temps: Est-ce que vous avez joué un rôle clé dans l’investissement durable?

Serge Ledermann: Je ne nous qualifierais pas de pionniers. Nous nous inscrivons dans la dynamique et nous gravissons les échelons de la courbe d’apprentissage. Il est vrai que la manière d’y entrer a été essentiellement thématique. Par exemple, en actions suisses, nous choisissons quelques gérants avec une approche «durable», offrant un processus qui correspond à nos attentes et à notre sensibilité. Je ne peux vous dire que tout le portefeuille aujourd’hui a un rating durable élevé. Par contre, à fin 2011, Retraites Populaires comptait 15% de son portefeuille que je pourrais labelliser de durable, qu’il s’agisse d’actions suisses, d’obligations suisses, d’actions étrangères, d’obligations étrangères, de microfinance ou de placements privés.

– Quels sont vos partenairesdans la finance durable?

– Nous regardons qui gère avec ce label, nous les analysons et, à l’aune de leurs caractéristiques et processus, nous les introduisons dans le portefeuille. Il s’agit de bien distinguer entre les instituts qui n’y voient qu’un argument commercial et les vrais spécialistes du durable. Il faut savoir qu’il n’y a pas de règle absolue. Ceux qui se sont engagés dans les années 1990 ont aussi commis des erreurs. L’objectif à terme est de qualifier l’ensemble du portefeuille d’après les trois dimensions, y compris le portefeuille immobilier.

– Quelles ont été les expériences négatives que vous évoquez?

– Nous voulions ignorer toutes les entreprises qui ne faisaient pas tout correctement. L’approche initiale était un peu dogmatique, exclusive et restrictive. Aujourd’hui, nous sommes dans une vision évolutive. Le cercle d’exclusion est plus restreint. Nous ne voulons pas investir que dans les bons élèves, mais partir du principe qu’une société qui attache davantage d’importance à ces critères aura un développement meilleur.

– Comment éviter le problème de concentration sur l’Europe?

– Nous ne rencontrons pas ce problème aujourd’hui, mais à terme, effectivement, c’est un risque. Nos classes d’actifs comprennent le private equity, la gestion alternative; nous devons développer dans chaque cas une véritable approche qui nous permette d’investir avec des critères ESG ou pas. C’est le défi qui nous attend à l’avenir. Nous ne voulons pas que des «best in class», mais nous voulons pouvoir le qualifier dans le cadre d’une dynamique.

– Est-ce que la financedurable est trop coûteusepour les institutionnels?

– L’objectif n’est pas de réduire les coûts au maximum. Sinon, nous ne ferions que de l’indiciel. C’est davantage une optimisation des coûts. Nous avons besoin d’un rendement qualitatif et/ou quantitatif. La politique de placement durable sera plus chère en raison de l’analyse, de la transparence et de la compréhension des enjeux. Il est difficile de chiffrer ce coût.

Nous pensons investir ici par l’intermédiaire de fonds de placement plutôt que par ETF. Je pense aussi au thème à la mode baptisé «smart beta», qui est une recomposition des indices. Mais nous avons aussi de l’indiciel, à travers des fonds plutôt que des ETF, et davantage dans les actions suisses que dans les obligations étrangères.

– Quelle sera votre prochaine étape de l’investissement ESG?

– Il s’agira de déterminer avec nos conseils des chartes en matière d’investissement durable pour fixer le cadre général. Puis nous devrons déterminer la manière dont nous voulons orienter la politique de placement dans chacune des poches et les éléments de transparence nécessaires.

Quant à la troisième étape, elle porte sur une transparence à un degré plus bas. Lorsque nous avons les deux degrés de lecture, celui du portefeuille et celui des positions, nous pouvons faire du «screening» des positions. C’est essentiel pour évaluer la dimension ESG de notre portefeuille. Nous pensons y parvenir dès la fin de 2013. Dans les classes d’actifs moins liquides, comme l’immobilier étranger, ce sera plus difficile qu’ailleurs.

Enfin, un chantier majeur nous attend, celui de l’immobilier direct. Aujourd’hui, tous les immeubles ont un rating environnemental, comme les voitures. C’est un élément crucial pour planifier les rénovations ou les achats/ventes. Sur le plan financier, le parc varie peu en termes de valeur s’il offre le rendement (loyers attendus). Notre objectif est de 7% brut, ou 5,5% net.

– Quelle est l’opinion actuellesur les marchés?

– Le moteur de la performance des marchés en 2013 vient des actions. Mais l’activité économique et les bénéfices ne se sont pas améliorés. Les marchés ont donc pris un peu d’avance sur l’économie, sous l’impulsion des liquidités, et en réaction après une longue phase de sous-exposition. Dans un monde normalisé, les actions constitueront l’actif de préférence, le mieux à même de pouvoir tendre vers l’objectif minimum de rendement dont les institutionnels ont besoin, c’est-à-dire 5%.

– Est-ce qu’il existe de nouvelles alternatives dans la quêtede rendement?

– Nous nous intéressons de plus en plus aux infrastructures, notamment suisses. Aujourd’hui, les caisses de pension essaient de monter des projets, soit dans le transport, les énergies, soit dans des bâtiments administratifs, hospitaliers et EMS. Nous sommes convaincus de l’avenir de cette classe d’actifs. Elle n’a pas encore pris de l’ampleur parce que le pays est peu endetté. Ces cinq prochaines années, cela pourrait prendre entre 5 et 10% des capitaux des grandes caisses de pension. C’est plus proche de l’immobilier que de l’obligataire. Nous travaillons sur des espérances de rendement de 5%, ce qui paraît raisonnable.

Nous étudions deux types de projets, les bâtiments communaux (écoles), où nous pouvons être propriétaires des murs, et la construction et la détention d’EMS. Pour l’instant, nous octroyons des prêts aux EMS.

«Nous nous intéressons de plus en plus aux infrastructures, notamment suisses»

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