Analyse

La fin annoncée des produits financiers

Pepsi dépense davantage en publicité sur Facebook ou YouTube que dans les médias traditionnels. L’industrie des fonds de placement (asset management) n’échappe pas à une redéfinition de la relation aux clients, de l’investissement et de la distribution

Analyse

La fin annoncée des produits financiers

En cette fin 2014, la conjoncture importe moins que les transformations structurelles, technologiques et réglementaires. Les médias peuvent en témoigner. Pepsi dépense davantage en publicité sur Facebook ou YouTube que dans les médias traditionnels. «L’industrie des fonds de placement (asset management) n’échappe pas à une redéfinition de la relation aux clients, de l’investissement et de la distribution», fait valoir Massimo Tosato, vice-président du conseil d’administration du groupe Schroders, géant de l’asset management avec 354 milliards d’euros sous gestion, lors d’une table ronde organisée à Londres.

Les épargnants passent le quart de leur temps sur mobile sur Facebook. Et 2 milliards de personnes effectuent leurs transactions par téléphonie mobile (prévisions 2017). Il est probable que leurs investissements utilisent aussi de nouveaux supports technologiques et d’autres acteurs. L’investisseur continuera-t-il à acheter des fonds de placement? «L’épargnant ne veut plus entendre parler de produits financiers. Il veut des solutions à ses problèmes. Le temps est révolu où le client choisissait un fonds sur un pays ou un thème», renchérit Peter Harrison, responsable de l’investissement auprès de Schroders.

La perte de confiance envers les fonds de placement traduit en partie une performance décevante. L’investisseur est peu disposé à acheter un fonds de placement s’il sait qu’un cinquième d’entre eux offre une performance inférieure à l’indice, selon David Oakley, éditorialiste au Financial Times. La ruée vers les produits indiciels comme les ETF, bon marché et simples, paraît logique. Phénomène d’autant plus fort que les commissions bancaires sont souvent opaques dans la finance.

Dans la jungle des produits, l’investisseur semble perdu. «Il a besoin du conseil d’un professionnel, mais il n’est pas prêt à en payer le prix ainsi que l’a montré une récente étude de marché», a précisé Sheila Nicoll, responsable des aspects politiques de la banque britannique. Pourtant c’est dans ce cadre fragile, mouvant, incertain que Credit Suisse a introduit un système de tarification qui donne un prix au conseil. Une stratégie audacieuse mais risquée. C’est moins un changement de tarifs dans la gestion de fortune qu’une nouvelle philosophie. Le groupe espère que son offre, plus transparente dans la mesure où le prix de chaque service sera publié, se traduira par une plus grande activité dans ses fonds de placement. Mais il n’est pas sûr que le client réponde positivement à son offre.

Schroders est conscient des limites du discours axé sur une performance meilleure que les indices boursiers. Le groupe londonien claironne pourtant que 80% de ses fonds de placement ont présenté un rendement supérieur à leur indice de référence durant une période de trois ans. Mais, comme on vient de le voir, l’investisseur est imperméable à ces chants de victoire. «Persuadés du virage technologique et comportemental, nous avons pris une participation dans une plateforme de gestion numérique, en l’occurrence Nutmeg», nous explique Massimo Tosato. Cet investissement traduit avant tout une quête de savoir, une volonté d’accompagner l’innovation dans une branche conservatrice. «Netmug est la réponse «numérique» et «low cost» à une gestion de fortune traditionnelle coûteuse», selon son fondateur Nick Hungerford. La société, récompensée par divers prix de l’innovation, se targue de créer un portefeuille en 10 minutes, puis de le modifier et de le rééquilibrer régulièrement. Son offre démarre à 1000 dollars et se complète d’un service convivial, mais simple, aux investisseurs. Le résultat n’est ni particulièrement performant, ni coûteux et le portefeuille regorge d’ETF. Mais cela fonctionne et d’autres sociétés se lancent sur ce créneau. Massimo Tosato cite Betterment (Etats-Unis), WealthFront (Etats-Unis), Motif (Etats-Unis), Money Farm (Italie), Vaamo (Allemagne) et Wikifolio (Autriche).

L’asset management se doit par ailleurs de réagir aux réglementations destinées à supprimer les rétrocessions (commission de gestion qui sert à rémunérer la banque ou l’intermédiaire financier pour ses activités de distribution) et à mieux protéger les investisseurs, notamment par une documentation accrue. Credit Suisse déclare lui-même que ses nouveaux tarifs répondent à un «monde sans rétrocessions».

«Six ans après le déclenchement de la crise financière, à chaque séance avec les autorités, une nouvelle idée de réglementation émerge des discussions», regrette Massimo Tosato. A son goût, «il serait bon que les autorités de réglementation pensent à des réglementations qui favorisent la croissance économique plutôt qu’ils ne la pénalisent». Les politiciens ont un comportement contradictoire, ajoute Sheila Nicoll. Ils déclarent encourager le financement des entreprises à travers les marchés financiers au moment où le crédit bat de l’aile, mais ils pénalisent la gestion d’actifs par de nouvelles directives.

Chacun doit se réinventer et offrir d’autres solutions aux investisseurs, en fonction de leurs risques, de leur horizon d’investissement et de leurs habitudes technologiques. Cette recherche passe par une délégation au gérant du choix des différents actifs (actions, obligations, immobilier). Ces solutions se nomment fonds multi-assets. Schroders fait partie des leaders mondiaux de cette technique de gestion, avec BlackRock et UBS. Le britannique dispose de plus de 100 professionnels spécialisés dans cette seule technique. Les flux de capitaux en 2014 semblent lui donner raison.

L’industrie de la gestion nécessite une utilisation toujours plus forte des ETF, des nouvelles technologies et des solutions personnalisées dans un cadre transparent. Mais les gérants d’actifs entendront-ils le message?

Deux milliards de personnes effectueront leurs transactions par téléphonie mobile en 2017

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