L’euro sauve la mise. Jeudi, à quelques jours de l’ouverture du Salon international de la haute horlogerie (SIHH) à Genève, Richemont a annoncé que ses ventes étaient en hausse de 3%, au troisième trimestre de son exercice 2015/2016 clos à fin décembre. Mais cette croissance n’est due qu’aux effets de changes – à l’euro faible. A taux de change constants, le chiffre d’affaires aurait baissé de 4%, à 2,93 milliards d’euros.

Par rapport aux six premiers mois, de début avril à fin septembre, «le ralentissement des ventes reflète la faible marche des affaires en Europe et le défi que représente la région Asie Pacifique», résume le groupe dans un communiqué.

Cet affaiblissement de dynamique n’est pas une surprise. Ces résultats correspondent, ou sont légèrement inférieurs, aux prévisions des analystes. Mais dans le détail des chiffres, ces derniers signalent quelques imprévus. Selon la banque J. Safra Sarasin, «Richemont a été confronté à un trimestre rude et sur le déclin. En particulier en comparaison du premier semestre qui a été porté par les ventes croissantes en Europe.»

Sur le Vieux continent, les ventes sont en effet restées stables, à 868 millions d’euros. A taux de changes constants, elles s’affichent en recul de 3%, contre une progression de 26% durant le premier semestre. «Il s’agit de la plus mauvaise des surprises», ajoutent les analystes de Morgan Stanley. Les flux de touristes chinois, en baisse, suite aux attentats de Paris en novembre, sont en cause.

Situation similaire dans la région Asie-Pacifique (un peu plus d’un milliard, comme en 2014), où la demande de montres se contracte. Les revenus reculent de 9% au troisième trimestre. C’est mieux que durant les six premiers mois (-17%), grâce à un regain d’appétit en Chine continentale, à l’inverse de Hong Kong et Macao, où la demande reste faible.

Les ventes ont par contre augmenté de 17% au Japon (+9%, à taux de changes constants), de 9% en Amérique (-3%) et de 4% au Moyen-Orient et en Afrique (0%). «Le recul des ventes horlogères démontre la prudence qui prévaut auprès des détaillants, surtout à Hong Kong, Macao et dans la région Amériques», précise le groupe de luxe.

Coup de frein dans la joaillerie

Autre imprévu, la joaillerie. Bien que ce secteur continue d’enregistrer une croissance dans la plupart des régions, compensant partiellement la faible demande pour les montres, la dynamique s’essouffle. Les ventes de la division (Cartier, Van Cleef & Arpels) ont progressé de 2% (-4% à taux de change constant). Elles étaient en croissance de 6% avant l’automne. C’est donc, là aussi, «une surprise négative», de l’avis de la banque Vontobel.

Avec 1,6 milliard d’euros de ventes, les bijoux restent néanmoins les principaux contributeurs au chiffre d’affaires de Richemont. L’horlogerie (Vacheron Constantin, Baume & Mercier, Jaeger-LeCoultre, Piaget, Lange & Söhne et IWC), elle, a généré durant cette période 826 millions d’euros, soit un gain de 1% (-4% à taux de change constant). Les «autres» activités, qui comprennent notamment Montblanc, ont rapporté 498 millions (+10%).