C'était LA statistique que le Japon attendait. Hors éléments volatils - les produits frais -, l'indice des prix a progressé de 0,5% en glissement annuel en janvier, soit la hausse la plus forte dans l'Archipel en huit ans. Plus important encore, elle confirme le retour de l'inflation en territoire positif pour le troisième mois d'affilée. Elle constitue à ce titre le signal que guettaient les opérateurs pour prêter à la Banque du Japon (BOJ) l'intention d'enclencher sans attendre la normalisation de sa politique monétaire.

Pour mémoire, en août 2000, encouragée par une embellie conjoncturelle, la banque centrale avait décidé de mettre un terme à la politique de taux 0 (ZIRP) initiée 18 mois plus tôt. Prématuré, ce geste avait eu des conséquences désastreuses: il avait précipité l'économie renaissante dans la récession et la déflation et maintenu le système bancaire au bord de l'apoplexie. Huit mois plus tard, en mars 2001, la BOJ avait fait marche arrière. Pour la première fois de son histoire, elle introduisait une politique monétaire ultra-accommodante, dite «d'assouplissement quantitatif», ayant pour résultat le gonflement de la base monétaire. Pour ce faire, la BOJ injecte des liquidités dans l'économie en achetant des titres obligataires d'Etat aux institutions financières, ce qui fait mécaniquement croître le niveau de leurs réserves auprès de l'institution. Et ce à suffisamment grande échelle (elle impose aux réserves bancaires d'évoluer dans une fourchette de 30 à 35 trillions de yens) pour maintenir les taux de court terme à 0.

Ce n'est que récemment que cette politique semble avoir fini par porter quelques fruits, comme en a attesté le redémarrage des crédits bancaires en début d'année. «Et encore, explique Sophie Mametz, de IXIS Cib, si l'on observe un soubresaut des ménages, les entreprises ne se sont toujours par remises à emprunter.» Reste que les circonstances qui justifiaient l'emploi des grands moyens par la BOJ depuis 2001, à savoir le recul persistant des prix, se dissipent indéniablement.

Pour Morgan Stanley, l'autorité pourrait annoncer dès son comité monétaire des 8 et 9 mars l'abandon de l'assouplissement quantitatif. Pour une majorité d'observateurs toutefois, le virage n'interviendra qu'à l'occasion de l'une des deux réunions suivantes, les 10 et 11 ou le 28 avril. «La BOJ évitera de créer des turbulences sur les marchés avant le 31 mars, date de la clôture de l'exercice fiscal des entreprises», avance ainsi Sophie Mametz.

Il lui restera alors à expliciter comment elle entend procéder. Elle se fixera vraisemblablement pour objectif une réduction graduelle des réserves excédentaires des banques. La BOJ n'a en effet aucune raison de se précipiter. Certes, la croissance est solide (+3,2% selon le consensus en 2006), mais l'inflation devrait rester bénigne (+ 0,5% sur l'année fiscale selon la BOJ). En outre, elle ne peut prendre le risque de renouveler ses erreurs de l'an 2000. Enfin, personne ne semble aujourd'hui en mesure de prédire la réaction des marchés obligataires à ce tournant politique, ce qui devrait l'inciter à redoubler de prudence. Toshihiko Fukui, le gouverneur de la BOJ, a d'ailleurs affirmé que les taux à court terme subsisteraient aux alentours de 0 après le renoncement à l'assouplissement quantitatif. L'ultime étape de la normalisation, c'est-à-dire le retour à une politique monétaire ancrée sur la manipulation des taux directeurs et qui se manifestera par un premier relèvement de ceux-ci, n'interviendra donc pas avant de longs mois.