Le rally des commodities, qui a commencé en octobre 2001, a attiré quelque 100 milliards de dollars des fonds de pension, fonds de placement et collectivités publiques. Le bull market est-il déjà fini? Les hedge funds, qui ont placé 60 milliards de dollars dans cette classe d'actifs, réduisent leurs positions en énergie et en métaux, pariant qu'un ralentissement global réduira la demande. Côté économistes, les rangs des pessimistes s'étoffent. Richard Bernstein, stratège de Merrill Lynch, est persuadé du retour d'un marché baissier des commodities. L'analyste de Goldman Sachs Allison Nathan voit la demande de métaux de base rattraper bientôt l'offre et met en garde contre l'effet, sur ces marchés, du dénouement des positions spéculatives. Stephen Roach, chef économiste de Morgan Stanley, est plus «bearish» que jamais.

Après l'énergie, les métaux?

D'abord, il y a eu l'énergie. Le recul du pétrole, de 24% depuis son pic de juillet, et la chute du gaz naturel, de 59% cette année, ont enfoncé les indices de matières premières dans le rouge. A présent, serait-ce le tour des métaux? Oui, pour des raisons fondamentales, écrit Stephen Roach. A commencer par le ralentissement de la consommation chinoise. L'économiste de Morgan Stanley attribue à la demande chinoise 48% de la hausse de l'aluminium, 51% de celle du cuivre, 87% de celle du nickel, 54% de celle de l'acier, et 86% de celle de l'étain. Si bien que, malgré l'envolée du nickel et de l'étain cette année, la correction du cuivre, du zinc et de l'aluminium signalent un recul de la demande. Déjà, les importations chinoises de cuivre ont baissé de 24% sur neuf mois. Le cuivre souffre aussi du déclin de la consommation dans le secteur américain du bâtiment.

Les paris fous des hedge funds

A court - moyen terme, il faut aussi compter avec l'extrême volatilité des matières premières, induite par le style d'investissement des fonds alternatifs. «Hot commodities» de 2006, le sucre et le cacao, à l'instar du cuivre et du gaz naturel, ont ainsi fait l'objet de spéculations frénétiques. Lorsque le marché de l'offre et les aléas de la météo ont fait reculer leurs prix, les mêmes hedge funds ont amplifié la baisse (à -30% pour le sucre et -15% pour le cacao cette année) en se délestant en masse de leurs milliers de contrats. Le «hot money» a gonflé de 20% à 50% les prix des commodities, calcule Merrill Lynch.