La justice genevoise a décidé lundi la mise en faillite de Landis & Gyr Communications (LGC). Spécialiste des téléphones à prépaiement, la société (Sàrl), filiale du holding luxembourgeois Landis & Gyr Communication Group, employait 169 collaborateurs sur le territoire helvétique, répartis entre les sites de production de Genève et Zoug.

Le consortium bancaire, emmené par le Credit Suisse First Boston, suivi d'UBS, de Credit Suisse Genève, de Merril Lynch, de BNP-Paribas, de Société Générale et de Scotia Bank, a exigé de la part de la maison mère, en décembre dernier, le remboursement anticipé d'un crédit de 120 millions de francs datant de1998. Cette demande a sonné le glas des espoirs de survie du groupe et de ses filiales. Au début janvier, la holding luxembourgeoise qui chapeaute le groupe a en effet déposé son bilan. De ce fait, les diverses filiales ont vu leurs comptes bloqués et leurs revenus transférés au Luxembourg. Informés des risques financiers pesant sur LGC, les juges genevois ont dû se déterminer entre l'octroi d'un sursis concordataire, l'ajournement de la faillite ou la faillite pure et simple (lire Le Temps du 11 janvier). Le sursis concordataire aurait permis au consortium de continuer à encaisser les traites des clients. Cette raison a poussé la justice à choisir la mise en faillite simple de la société, toute continuation des activités n'ayant du coup aucun sens.

Cette mesure signifie la cessation immédiate de toute activité et le licenciement en bloc de tous les collaborateurs de la filiale suisse de Landis & Gyr Communication Group. Il n'y a donc plus d'argent et personne ne reprendra le chemin de la rue du Grand-Pré, dans le quartier de la Servette où l'entreprise, ancêtre de l'industrie genevoise, aura longtemps vécu. Aucun plan social n'existe et les employés devront, à partir de la date de prononciation de la faillite, s'inscrire auprès des caisses de chômage.

Relevant «l'atmosphère difficile» régnant au siège à l'heure de l'annonce de la faillite, Alain Perrat, secrétaire syndical auprès de la FTMH, s'insurge devant «ce gâchis industriel». Il se réfère aux développements technologiques existant dans les locaux genevois. Le représentant syndical relève cependant que le problème n'est pas d'ordre industriel mais financier. Les carnets de commande de LGC (chiffre d'affaires proche de 250 millions de francs) sont en effet bien remplis, comme le souligne le directeur général du groupe, François Gabella. Revenant sur les derniers mois traversés par LGC, le patron en poste depuis juin 1999 remémore «le coup de massue tombé au mois de décembre» suite à la décision des banques, auquel peu d'entreprises auraient pu survivre. «L'état du carnet de commande de l'entreprise – au plus haut depuis trois ans – et l'existence de repreneurs intéressés à certains pans d'activités attestent d'un redressement possible», explique-t-il. A ce sujet, il estime «que plus des trois quarts des 169 emplois de Landis & Gyr en Suisse ont la possibilité d'être maintenus».

Un mois de délai

Un optimisme que modère le représentant de la FTMH. Une réponse devrait cependant tomber rapidement, la reprise des activités par un acquéreur – si elle a lieu – devant être confirmée dans un délai d'un mois. Une autre question réclame une réponse, à savoir de déterminer les responsabilités dans la débâcle de ce fleuron de l'industrie genevoise. Le groupement d'investissement américain Texas Pacific Group (TPG), actionnaire à 90% depuis 1998, les directions successives du groupe, le consortium de banques? La question reste ouverte.