Energy 8, fondé en 2011 et actif dans les énergies renouvelables, a fait faillite le mois dernier, a appris Le Temps. La start-up employant 10 salariés, logés dans le Blue Box – le plus ancien incubateur du canton –, était régulièrement citée en exemple par les autorités genevoises, qui déploient depuis plusieurs années d’importants efforts pour développer le secteur des cleantechs sur leur territoire.

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A l’origine de la débâcle, qualifiée de totalement inattendue par les milieux professionnels concernés en raison du nombre important de projets dont était porteur Energy 8: la volte-face d’un investisseur suisse et principal partenaire au Moyen-Orient. «Parallèlement à une initiative à Dubaï, nous avions beaucoup misé sur des projets avec Riyad, dépensant d’importantes sommes d’argent depuis plus d’un an, explique Olivier Andres, fondateur de l’entreprise en démarrage, fraîchement reconverti en tant que directeur adjoint d’un groupe bâlois spécialisé dans les techniques du bâtiment. Cet engouement s’est traduit pas l’engagement de plusieurs collaborateurs supplémentaires entre Plan-les-Ouates et la région.»

L’eldorado oriental

Longtemps, les actionnaires de la start-up genevoise ont suivi, contribuant sans sourciller à l’effort de guerre dans les pays du Golfe. A l’époque (2013), le potentiel de contrats d’optimisation énergétique et de développement d’énergies propres en Arabie saoudite avait été évalué à 40 millions de francs. Riyad, qui s’est dernièrement lancé tête baissée dans technologies vertes, a en effet ouvert un immense marché cleantech offrant d’innombrables débouchés. Ce d’autant plus qu’Energy 8 avait signé – fruit notamment de sa participation à des délégations économiques genevoises officielles sur place – un précieux accord de coentreprise avec Saudi Crown Investment, un acteur prépondérant dans le Royaume.

Tout se déroule sans heurts, jusqu’à début janvier dernier, où le bailleur de fonds majoritaire décide de se retirer de l’affaire. «Etre lâché de la sorte a été un énorme choc. Mais avec le recul, j’ai compris les réticences qui ont motivé cet abandon», relève Olivier Andres, sans toutefois divulguer l’identité de la société qui a déserté leur partenariat.

Certains projets saoudiens et émirati semblaient pourtant prometteurs. «La RTS avait réalisé un reportage sur notre initiative de produire de l’électricité à partir de fumier de chameau, indique Olivier Andres. Ce contrat portait sur huit millions de dollars, l’équivalent d’un an de chiffre d’affaires.» L’idée ne verra jamais le jour, faute d’argent frais à réinjecter.

Rendements jugés inattrayants

Qu’en est-il des autres marchés, où Energy 8 a mis en œuvre son savoir-faire? «Le projet de centrale solaire en Somalie, pour remplacer le diesel, a été mis en service juste avant la faillite. Toutefois, la seconde tranche consistant à coupler le dispositif avec des éoliennes, ne se fera pas», regrette Olivier Andres. Quant au partenariat conclu en 2012 avec le principal parc technologique d’Afrique du Sud (dépendant à 93% du charbon), pour y implanter une filiale et répondre aux besoins locaux, il est à présent enterré. «Nous étions à un mois de déposer un dossier estimé à 22 millions de dollars, pour lequel nous avions bouclé à 100% le financement», déplore encore l’entrepreneur. Et ce dernier de conclure: «Nous sommes arrivés trop tôt sur le marché. Notre modèle s’inscrit totalement dans la stratégie énergétique fédérale 2050, mais les fonds d’investissement espèrent toujours des rendements mirobolants, pour l’heure impossibles à atteindre dans notre domaine d’expertise.»