Japon

Fin de l’embargo chinois sur les métaux rares

Pékin se prépare à recommencer à exporter vers le Japon ces métaux stratégiques pour l’industrie. Faisant écho à la pleine crise diplomatique entre les deux pays, un embargo de facto a été imposé durant plusieurs semaines

La Chine se prépare à exporter de nouveau des métaux rares vers le Japon, après un embargo de facto imposé en pleine crise diplomatique entre les deux pays, ont affirmé mercredi des négociants japonais. Katsuyuki Matsuo, président de l’entreprise nippone Kan Material, spécialisée dans le commerce métaux rares, a confirmé à l’AFP que les douanes chinoises avaient repris, mardi, les procédures d’enregistrement des exportations de ces précieuses substances pour l’archipel. Un autre importateur japonais, parlant sous couvert d’anonymat, a expliqué que la situation différait «d’un port à l’autre, car il n’y a pas officiellement d’embargo». «Nous sommes plutôt confrontés à des tracasseries administratives», a-t-il ajouté. Selon les maisons de commerce nippones, les autorités chinoises ont suspendu leurs exportations d’éléments minéraux dits «terres rares» depuis le 21 septembre, bien que Pékin ait démenti.

L’arme diplomatique des minerais

Dans une interview publiée mercredi dans le Financial Times, le secrétaire d’Etat japonais à la Politique économique et fiscale, Banri Kaieda, a confirmé que Pékin avait bel et bien bloqué ses ventes de «terres rares» vers l’archipel. «Il est important que la Chine cesse au plus vite cette action complètement anormale», a exigé M. Kaieda. Il a aussi souligné la nécessité pour le Japon de développer des voies d’approvisionnement «alternatives» pour parer à ce genre de problème. L’embargo de facto intervient en pleine querelle sino-japonaise, provoquée par l’arraisonnement le 8 septembre d’un chalutier chinois par des patrouilleurs japonais près d’îlots disputés par les deux pays.

Casser la dépendance envers la Chine

Les dix-sept substances appelées «terres rares» constituent des ressources stratégiques, notamment pour les secteurs de l’électronique et de l’automobile. Alors que la Chine fournit au moins 90% de la production mondiale de ces éléments essentiels pour l’industrie de pointe, des entreprises mondiales commencent à s’activer afin d’éviter d’être tributaires d’un seul pays, a rapporté mercredi le quotidien japonais Nikkei. «Des sociétés s’apprêtent à réactiver ou débuter la production sur des sites aux Etats-Unis, au Kazakhstan, en Australie», a souligné à la une ce journal des milieux d’affaires. Selon le Nikkei, de grands groupes japonais, comme Toshiba, et des maisons de commerce, telle Itochu, sont aussi sur les rangs pour participer à la production de ces ressources minérales stratégiques, au Kazakhstan et au Vietnam par exemple. La production des «terres rares» était initialement mieux répartie dans le monde, mais en raison de charges de main-d’oeuvre et de préoccupations sanitaires et écologiques, elle a fini par être concentrée en Chine où les coûts sont trois fois moins élevés. Ce monopole de facto se révèle problématique, la Chine usant désormais de ce levier dans ses relations avec des nations importatrices, dont le Japon, alors même que des ressources importantes demeurent inexploitées en Amérique et dans l’ex-Union soviétique notamment.

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