Daniel Vasella, patron de Novartis, géant pharmaceutique comptant près de 100’ 000 collaborateurs, a annoncé mardi sa décision de quitter la direction générale pour se concentrer sur la présidence du Conseil d’administration. C’est une demi-surprise. Le Conseil d’administration lui avait déjà fait comprendre, en lui octroyant, il y a deux ans, une prolongation de mandat de durée limitée, que le temps de la période de la double casquette tirait à sa fin. Reste que Daniel Vasellla quitte l’opérationnel alors que l’intégration d’Alcon n’est pas terminée. Dans son for intérieur, le patron aurait sans doute volontiers attendu une année pour finaliser en personne cette étape stratégique très importante pour Novartis, première entreprise pharmaceutique à entrer aussi massivement dans l’ophtalmologie et tous les services qui l’accompagnent.

Au cours de 14 ans de règne sur Novartis, Daniel Vasella aura marqué le groupe de sa forte empreinte. Main de fer dans un gant de velours, il a participé à la création du groupe, en 1996, résultat de la fusion Ciba-Sandoz. Après s’être séparé de la chimie (Ciba) et de l’agrochimie avec la création de Syngenta, Novartis est entré, souvent en pionnier, dans de nouveaux domaines, comme les génériques avec la résurrection de la marque Sandoz, les vaccins, et maintenant l’ophtalmologie.

Daniel Vasella, qui a parfois irrité par son côté donneur de leçons et la revendication assumée d’un salaire astronomique, a aussi été un visionnaire. Son seul gros échec aura été la fusion manquée avec Aventis, qui s’est finalement mariée, au nom de la raison d’Etat française, avec Sanofi. L’ancien médecin fribourgeois continuera à appliquer sa vision stratégique en tant que président du Conseil d’administration. Saura-t-il vraiment se retirer de l’opérationnel, comme l’a fait Peter Brabeck chez Nestlé, ou tiendra-t-il son successeur Joe Jimenez en bride? L’avenir le dira.

L’Américain Joe Jimenez à la barre

La tâche de Joe Jimenez ne s’annonce pas facile. Homme discret mais diablement efficace, il ne possède pas le charisme de Daniel Vasella, qui a su prendre les bonnes décisions au bon moment. Joe Jimenez, 50 ans, reprend un groupe endetté par le rachat d’Alcon et dont une partie de la direction, sans doute vexée par sa nomination, quitte le navire. Il devra donc amener une certaine stabilité en interne sans affaiblir la croissance. Une nouvelle génération de médicaments, notamment contre la sclérose en plaques et le diabète, doit compenser les réductions de chiffres d’affaires dues à des produits qui sont en fin de brevet, dont Diovan, blockbuster du groupe. Une nouvelle génération de directeurs, dont le nouveau directeur financier qui succède à Raymund Breu, prend les rênes du groupe suisse.

Le défi, dans une industrie sous pression des systèmes étatiques de santé, n’est pas simple à relever.