C’est «un véritable succès européen» et l’Union «facilite la vie» de ses citoyens, s’est exclamé cette semaine Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne. Après une longue résistance des opérateurs télécoms, les tarifs d’itinérance («roaming») sont supprimés au sein des 28 pays de l’Union européenne depuis ce jeudi. Lorsqu’ils se trouvent dans l’un des 27 autres pays, les consommateurs peuvent téléphoner, envoyer des SMS et accéder à Internet aux mêmes tarifs que s’ils se trouvent dans leur pays de domicile.

Voilà pour la théorie. Car, en pratique, de nombreux opérateurs vont continuer à imposer des surtaxes à leurs clients. Selon la Commission, les opérateurs vont perdre 1,2 milliard d’euros de revenus annuels avec la «fin» du roaming. Toutefois, ils ne vont pas se laisser faire.

Toujours des appels payants

Commençons par l’exemple d’un consommateur français. Désormais, lorsqu’il se rend en Europe, s’il bénéficie en France d’un abonnement illimité, il ne paie rien pour ses communications. S’il bénéficie, en France, d’un certain nombre de minutes, de SMS ou d’un volume de données pour accéder à Internet, il sera débité, en Europe, de la même manière que lorsqu’il se trouve à Paris. Mais il y a des exceptions. Imaginons qu’il appelle, depuis l’étranger, un hôtel du même pays: cet appel est gratuit. Mais lorsqu’il appelle ce même hôtel depuis Paris, l’appel est payant. En revanche, s’il appelle son hôtel depuis un autre pays européen, c’est gratuit…

Il y a d’autres dérogations. Ainsi, si une carte SIM est utilisée durant plus de quatre mois par année dans un autre pays, l’opérateur pourra la désactiver ou imposer à son client des frais de roaming. Cela pour éviter que des consommateurs achètent des forfaits à petits prix en Europe de l’Est et les utilisent là où les prix sont plus élevés. Autre exception: l’Internet illimité n’est pas vraiment illimité, les opérateurs ayant le droit de fixer des limites selon un calcul précis. Exemple: si vous avez en France un forfait coûtant 42 euros par mois, cela donne droit à maximum 9,1 Go de données mensuelles en Italie.

Vers des tarifs plus élevés?

Et pour les consommateurs suisses? Rien ne change. Et la situation pourrait même empirer. «Les opérateurs européens, fâchés de perdre des millions avec leurs consommateurs, pourraient être tentés de nous imposer des tarifs plus élevés et aussi d’exiger des prix d’itinérance élevés auprès de leurs clients lorsqu’ils se rendent aux Etats-Unis ou en Suisse», estime Jérôme Wingeier, responsable Roaming chez Swisscom. Il poursuit: «Nous négocions en bilatéral avec 600 opérateurs dans le monde. Certes, les tarifs baissent d’année en année, mais nous sommes aussi soumis à leurs prix. Et les opérateurs européens vont chercher d’autres sources de revenus que sur le continent. Le roaming ne va jamais disparaître.»

L’idée que les opérateurs européens se «vengent» sur leurs clients lorsqu’ils sont hors du continent, et sur les clients suisses, n’est pas farfelue. Un exemple calculé par le site suisse de comparaison Verivox: si un «petit utilisateur» (trois appels reçus, trois appel émis et 100 mb de données) téléphone depuis les Etats-Unis vers la Suisse, il paiera 14 francs avec Sunrise, 18 francs avec Salt, 30 francs avec Swisscom, 345 francs avec l’opérateur français Bouygues et 573 francs avec l’opérateur autrichien Drei. Pour l’Asie, les tarifs sont encore plus élevés de la part de certains opérateurs européens.

L’importance des options

En moyenne, pour les clients suisses, les tarifs sont les moins élevés chez Swisscom et les plus hauts chez Salt, Sunrise se situant souvent au milieu. Swisscom affirme que 80% de ses clients ne paient plus de tarifs de roaming, grâce aux forfaits inclus dans certains de ses abonnements. Mais il faut souvent acheter des options. Exemple, calculé par Verivox. Un client de Salt paiera 280 francs sans option en Espagne pour téléphoner vers la Suisse 10 minutes par jour durant deux semaines et 33 francs avec option. Pour les gros utilisateurs, l’achat d’une carte SIM locale est souvent recommandé.

Revue de presse: Les frais de roaming dans l’UE, c’est fini. Et pour la Suisse?