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Fin du secret bancaire: la Suisse responsable

L’ouvrage, «la Fin du secret bancaire», écrit par le journaliste de L’Hebdo Yves Genier, retrace les étapes et les causes d’une «défaite»

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Fin du secret bancaire:

la Suisse responsable

Livre Les étapes et les causes d’une «défaite»

Vous avez perdu le fil de l’extinction progressive du secret bancaire? Vous vous égarez un peu dans les notions de «Weissgeldstrategie», «Rubik», «Fatca», «Lex USA», «listes noires ou grises» ou «accords dits qualified intermediary (QI)»? Alors, l’ouvrage La Fin du secret bancaire, écrit par le journaliste de L’Hebdo Yves Genier, récemment paru dans la collection Le Savoir suisse, sera votre prochaine lecture.

Ecrire, presque à chaud, l’histoire de cette disparition est périlleux. Tout n’est pas encore connu, révélé, dit. Mais, en quelque 140 pages, l’auteur retrace les étapes, selon leur chronologie et leur importance historique, qui se sont succédé depuis 1997, accentuées depuis les années 1990, et accélérées depuis 2009 pour aboutir aujourd’hui à la quasi- fin du secret bancaire, ou au minimum à l’élimination de sa substance. Formellement, le secret bancaire sera mort en 2018 avec l’entrée en vigueur de l’échange automatique d’informations.

Thèse privilégiée de l’auteur, cette «défaite historique majeure, un Marignan politico-financier», est survenue en raison de l’incapacité des principaux responsables politiques et bancaires suisses à percevoir le mouvement qui se préparait, à prendre la mesure des événements. Difficultés également à répondre présent aux attaques des puissances étrangères, à trouver de bons alliés, à sortir d’une attitude ultra-défensive, à élaborer des plans B dès lors que l’inéluctabilité de la défaite était avérée. Yves Genier charge en particulier le Conseil fédéral et la haute administration, coupable d’aveuglement, «du moins dans un premier temps». Et d’enfoncer le clou en mettant en citation d’ouverture de l’ouvrage la célèbre phrase: «Le secret bancaire n’est pas négociable», exprimée en 2000 par le conseiller fédéral Kaspar Villiger et jusqu’en 2008 par Hans-Rudolf Merz, qui a eu cette autre phrase: «A ceux qui s’attaquent au secret bancaire, je ne peux qu’affirmer que vous allez vous casser les dents»… Distribuant parfois les bons et surtout les mauvais points, fustigeant un manque d’intelligence stratégique, Yves Genier réussit, dans sa narration, à montrer les changements de tempo au fil des années. D’abord les premières escarmouches, les premières concessions, les assauts qui se multiplient, les fautes commises. Il qualifie par exemple «d’erreur monumentale» l’absence de la Suisse à la réunion de l’OCDE le 21 octobre 2008, où s’édifiait le nouvel ordre fiscal international.

Mode «urgence» permanent

En cette fin d’année 2008, l’attention de la Suisse est portée ailleurs. Il y avait le feu dans la maison bancaire suisse: les conséquences de la faillite de Lehman Brothers, le sauvetage d’UBS, la découverte de l’escroquerie géante de Bernard Madoff. Et en coulisses, les Etats-Unis, à travers l’IRS et le Département de la justice (DoJ), accumulaient de la munition pour déclencher l’attaque devant aboutir, le 18 février 2009, à l’ordre donné par la Finma à UBS de livrer aux Etats-Unis 250 noms de clients. Vingt-cinq jours plus tard, une autre étape capitale de cette histoire est franchie: le 13 mars intervient l’annonce publique, après quelques réunions houleuses, de la fin de la distinction entre la fraude et l’évasion fiscale dans le traitement des demandes d’entraide administrative et judiciaire présentées par des autorités étrangères.

A partir de là, le mouvement ne fera que s’accélérer dans un tourbillon inarrêtable, emportant les contre-feux suisses – Weissgeldstrategie, Rubik, etc. – et entraînant le secret bancaire dans un «naufrage». Les pressions s’accentuent toujours plus, les coups pleuvent, les têtes tombent. Le mode «urgence» est permanent.

Ce sera, enfin, «l’adaptation contrainte», selon les mots de l’auteur. Peu à peu, un cercle croissant de banquiers «finissent par convaincre l’entier de la branche qu’elle a moins à perdre à s’adapter qu’à continuer de résister». Le bout du tunnel est alors proche.

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