Livre 

La fin du secret bancaire, version Bradley Birkenfeld

Le tireur d’alerte s’attribue tous les mérites d’avoir mis fin à un «système de corruption» et dénonce l’obstruction du Département américain de la justice, dans un témoignage paru près de dix ans après les faits

C’est l’un des témoignages les plus attendus de la chaîne d’événements qui ont précipité la fin du secret bancaire suisse. Mais c’est un témoignage qui arrive bien tard, près d’une décennie après les faits, et qui a pour but premier d’en glorifier l’auteur: Bradley Birkenfeld, le gérant de fortune chez UBS à Genève qui a dévoilé aux autorités américaines les détails des méthodes avec lesquelles la grande banque recrutait de riches Américains pour les convaincre de placer leur argent dans ses coffres en Suisse.

Dans «Lucifer’s Banker – The Untold Story of How I Destroyed Swiss Banking Secrecy»*, l’auteur raconte sa vie. Celle d’un jeune homme de la classe aisée de Nouvelle-Angleterre qui débute une carrière dans la finance chez le gérant institutionnel State Street à Boston avant d’émigrer en Suisse au milieu des années 1990. Arrivé à Genève, il est d’abord embauché chez Credit Suisse, puis chez Barclays, avant d’entrer au service d’UBS à la Corraterie le jour de la faillite de Swissair, le 2 octobre 2001.

Le jour de son engagement il amène son plus gros client, le promoteur immobilier californien Igor Olenicoff, qui transfère la fortune considérable de 200 millions de dollars. Ce coup permet au banquier d’obtenir un bonus sur ses performances: 18% des gains réalisés par la banque sur les clients qu’il a amenés lui reviennent. Se disant privilégié par cet avantage, il mène la grande vie – bel appartement au centre de Genève, hôtels de luxe, Ferraris – et ne manifeste pas d’émotion particulière au fait de favoriser la fraude fiscale, avec les encouragements de sa hiérarchie.

Jusqu’au jour où un collègue lui soumet une directive interne difficile à trouver dans l’intranet de la banque, et qui interdit formellement à tout gérant de fortune de chercher des clients aux Etats-Unis, alors que c’est exactement ce qu’il fait à journée pleine. Ses demandes d’explications demeurent sans réponses. Les relations se tendent avec sa hiérarchie. Il finit par démissionner en octobre 2005 et emporte une volumineuse documentation interne. L’année suivante, face au refus d’UBS de lui verser son bonus, il traîne la banque devant les Prud’hommes avec l’appui de l’avocat Charles Poncet et obtient gain de cause.

«Monstrueux système suisse de corruption»

Cette victoire ne lui suffit pas. «C’est le monstrueux système suisse de corruption qui avait gagné», écrit-il. Se découvrant une âme de redresseur de torts, il prend l’initiative de révéler ses secrets au DoJ au printemps 2006, puis à la SEC, à l’IRS et à la Commission permanente d’enquête du Sénat, présidée par Charles Levin.

Sa seule motivation, affirme-t-il, est de mettre fin à une corruption généralisée. Et pas du tout pour protéger Igor Olenicoff, de toute façon déjà traqué par les limiers fiscaux américains au moment de ses propres dénonciations. Aussi, lorsque le DoJ le renvoie derrière les barreaux en 2009 pour sa propre responsabilité dans l’affaire, il déplace ses accusations de «corruption» sur les fonctionnaires du ministère et, plus globalement, sur le monde politique de son pays. Son sentiment de revanche n’en est que plus grand lorsqu’il touche son chèque de 104 millions de dollars en 2012 comme prime au tireur d’alerte.

Se lisant comme un roman, l’ouvrage ne peut être compris qu’à travers le prisme de la personnalité exubérante de son auteur. Si le secret bancaire est tombé, tout le mérite lui revient, et à lui seul. Et s’il est parti derrière les barreaux, c’est en raison d’une injustice flagrante. A Washington, à Berne, à Zurich et à Genève, on n’a pas la même lecture des faits.

«Le banquier de Lucifer – Comment j’ai détruit le secret bancaire suisse» – Edition Green Leaf Book Edition (Austin, Texas, USA), 283 pages.

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