Tous les coups sont-ils désormais permis dans le différend qui oppose Mario Draghi, directeur de la Banque centrale européenne (BCE), et Jens Weidmann, patron de la puissante Bundesbank? Le premier a annoncé jeudi que la BCE était prête à acheter des obligations d’Etat sous certaines conditions, tout en soulignant que cette mesure n’avait pas été prise à l’unanimité. Le représentant allemand s’y était ouvertement opposé. Dans le temple gardien de l’euro, où le consensus est une pratique sacrée, la voix dissidente n’est pas passée inaperçue même si ce n’est pas une première. Dans le passé, deux Allemands, membres du directoire de la BCE, Axel Weber et Jurgen Stark, ont démissionné suite aux désaccords sur le rôle de l’institution.

Pour Jan Amrit Poser, chef économiste de la Banque Sarasin et auteur d’une récente étude intitulée Sauver l’euro – les lignes rouges, Mario Draghi l’a jouée finement. «Tout en insistant à maintes reprises sur le fait que la BCE resterait dans le cadre de son mandat et veillerait à la stabilité des prix, ce qui est son premier objectif, elle s’est aussi dite prête à aider les pays en difficulté en achetant leurs obligations. Le patron de la BCE ne cherche pas la bagarre avec Jens Weidmann, et encore moins à l’isoler au sein du directoire. Mais il le place devant sa responsabilité à un moment où les appels à une action décisive contre la crise se font de plus en plus entendre.»

Jan Amrit Poser estime par ailleurs que la BCE porte aussi le débat en Allemagne, où la classe politique et l’opinion publique se disent opposées à l’aide directe aux Etats. A l’initiative de certains politiciens, la Cour constitutionnelle allemande doit décider le 12 septembre si le Mécanisme européen de stabilité est conforme à la charte européenne. Ce dernier doit remplacer le Fonds européen de stabilité financière dont l’objectif est de secourir des Etats endettés de la zone euro.

Pour sa part, la Bundesbank a fait aussi monter les enchères. En début de semaine, elle a indiqué qu’il y avait des lignes rouges que la BCE ne devait pas dépasser. La presse allemande est allée dans le même sens. Le Bild , 12 millions de lecteurs, a menacé de reprendre le casque prussien, synonyme de discipline et de devoir, offert l’an dernier en cadeau à Mario Draghi.

«Le discours de Mario Draghi a toutefois été jugé crédible, poursuit Jan Amrit Poser. Il a indiqué sans ambiguïté que la BCE était prête à intervenir en cas de besoin.» Ainsi, après une première réaction à chaud jeudi, les marchés ont repris des couleurs vendredi. Les bourses européennes ont évolué en terrain positif, Madrid et Milan ayant recouvré leurs pertes de jeudi. Le marché obligataire, qui avait flambé jeudi, est revenu à de meilleurs sentiments. Les taux de rendement des obligations d’Espagne et d’Italie, deux pays au bord du gouffre, ont baissé à 6,8 et 6,0%, contre 7,1 et 6,3% respectivement.

Mario Draghi ne cherche pas la bagarre avec Jens Weidmann, et encore moins à l’isoler au sein du directoire de la BCE