Depuis plus d'un mois, un scandale secoue l'Espagne. Contraint, faute de liquidités, de cesser ses activités, un gérant de fortune basé à Saragosse (AVA-Asesores de Valores) a déclenché une tempête financière qui s'étend de l'Amérique latine à l'Espagne en passant par Genève. Comme dans le jeu des dominos, la défection d'AVA a provoqué de graves difficultés financières au sein du groupe financier Socimer et du négociant espagnol Transafrica. Les autorités de Nassau ont suspendu les activités de la Socimer International Bank, le bras financier du groupe. Trois sociétés genevoises du groupe Socimer ont été liquidées vendredi. Le négociant lausannois André & Cie, actionnaire important de Transafrica, a accueilli favorablement cette nouvelle: la liquidation des trois sociétés évite à l'affaire de prendre une tournure plus mauvaise encore (lire ci-dessous). Les 18 employés des sociétés genevoises ont été licenciés (LT du 28 mars).

Tout s'est précipité, à mi-février, avec les difficultés d'une banque argentine, Banco Medefin, rachetée en 1996 par le groupe Socimer. Parallèlement, la CNMV (le gendarme des marchés boursiers espagnols) a découvert que les clients du gérant AVA n'ont pas été informés des risques de leurs placements, car les valeurs acquises en leur nom par Socimer – prêts à court terme et obligations à long terme d'entreprises de pays émergents – auraient déjà été en possession de Socimer. La CNMV juge que ces faits sont «très graves» et exige qu'AVA régularise la situation.

La somme totale confiée par 3500 petits investisseurs espagnols au groupe Socimer via le courtier AVA est estimée à 12,8 milliards de pesetas (128 millions de francs). Selon une porte-parole de la CNMV, «c'est la plus grosse affaire que l'Espagne ait connue concernant une société de gestion de fortune». Attirées par les «poches profondes» du groupe André & Cie, un important négociant et armateur suisse (ses activités de négoce occupent 1000 collaborateurs dont 350 à Lausanne), et de l'UBS, les sociétés en difficulté réclament de l'oxygène financier.

En février dernier, la Banque centrale d'Argentine a ainsi demandé à André & Cie de recapitaliser la Banque Medefin. Secrétaire général d'André & Cie, Yves Cuendet répond que «le rachat de cette banque a été présenté de manière étonnante à nos administrateurs car l'opération avait déjà été effectuée». De plus, ajoute le porte-parole du négociant lausannois, la transaction devait porter sur 67% du capital d'une banque dotée d'environ 40 millions de dollars, alors que l'opération a finalement porté sur 96% du capital d'une banque endettée à hauteur de 100 millions de dollars. «Nos administrateurs ont été informés de manière tronquée sur ce qui s'est passé», ajoute-t-il.

Selon Yves Cuendet, «les engagements d'André & Cie vis-à-vis de la société Transafrica ont été absorbés» et passés par pertes et profits. «L'impact de cette affaire est derrière nous», ajoute le porte-parole du négociant.