Les fonds de placement qualifiés de durables connaissent un succès croissant auprès d’investisseurs soucieux de l’environnement. La majorité d’entre eux ne contribuent pourtant pas, ou très peu, à résoudre la crise climatique, selon Greenpeace. L’ONG accuse les institutions financières de greenwashing.

Cette affirmation est basée sur les conclusions d’une étude présentée ce lundi et effectuée à la demande des antennes suisse et luxembourgeoise de Greenpeace par l’agence de notation Inrate. L’étude a examiné 51 fonds d’investissement qualifiés de durables en Suisse et au Luxembourg – deux pays à la pointe de cette évolution – ainsi que 25 fonds conventionnels, pour évaluer leur efficacité selon quatre critères.

Se focaliser sur quelques problèmes ne suffit pas

Sur deux de ces aspects, les émissions de CO2 et la part des revenus provenant d'«activités critiques», l’analyse ne montre «aucune différence statistiquement significative» avec les fonds conventionnels, a exposé Regina Schwegler, coautrice de l’étude, si ce n’est dans les domaines très précis de l’industrie du ciment et de l’armement.

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En ce qui concerne la résolution de problèmes environnementaux, sociaux et de gouvernance (impact ESG), la différence est «minimale» et n’a que très peu d’influence sur la note ESG d’un fonds. Le seul critère qui montre une différence importante en faveur des fonds durables (environ 70%) est celui de leur implication dans des problématiques environnementales majeures. Mais en termes économiques, ces questions «ne sont que la petite pointe de l’iceberg», relève Regina Schwegler. Ainsi, se tenir à l’écart des grosses controverses environnementales ne suffit pas pour que l’allocation du capital dans son ensemble soit véritablement durable, contrairement aux promesses faites par les fonds. «Quand les promesses de durabilité ne sont pas tenues, cela se nomme greenwashing», assène l’experte.

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L’étude cite, sans le nommer, le cas d’un fonds d’investissement dont le nom contient «ESG», qui affiche pourtant un score global d’impact ESG de 0,39 (sur une échelle de 0 à 1). Plus d’un tiers du capital de ce fonds (35%) est placé dans des activités critiques, «ce qui, indiquent les experts, représente plus du double de la part moyenne chez les fonds conventionnels».

«Des standards juridiquement contraignants»

Invité à réagir à la présentation de l’étude, le directeur de l’Association suisse des banquiers, Jörg Gasser, salue une «très bonne étude» dont il ne «conteste en aucun cas les conclusions». Il souligne toutefois la complexité de l’intégration des critères ESG. Il appelle de ses vœux «une définition commune de ce qu’est une activité durable» ainsi que des «méthodes de mesure» et davantage de transparence, à la fois des acteurs financiers et des acteurs de l’économie réelle. Sans outil de mesure, difficile de s’accorder, selon lui. Sur l’accusation de greenwashing, Jörg Gasser tempère: «Les banques et institutions financières ne cherchent pas à tromper leurs clients», il en va de leur image.

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Lorsque le monde de la finance et certains politiciens soulignent que la Suisse est bien avancée dans le domaine des fonds de placement durable, il y a une «tromperie sur la marchandise», qui «nuit au climat et à l’environnement» et ne permettra pas d’atteindre les objectifs fixés par l’Accord de Paris, dénonce de son côté Peter Haberstich, chargé de campagne climat et finance pour Greenpeace. Tout comme l’autrice de l’étude et Jörg Gasser, il déplore le manque d’outils pour évaluer les effets réels de ces investissements. Greenpeace appelle en conséquence le Conseil fédéral et le parlement à mettre en place des «normes minimales». L’ONG suisse et son homologue au Luxembourg demandent ainsi «des standards juridiquement contraignants, suffisants et clairs en termes de transparence, de méthodologie» qui permettraient aux gestionnaires de fonds d’être mieux formés et de fixer des objectifs lisibles. Le seul moyen, selon elles, de se sortir de cette «situation inquiétante».

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