BlackRock a promis, en janvier dernier, dans sa lettre aux dirigeants d’entreprise, par la voix de son patron, Larry Fink, qu’il exclurait les pollueurs. Le plus grand gérant du monde s’est également engagé à intégrer les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) dans ses fonds. C’est l’heure du bilan et de la présentation des prochains objectifs.

«Nous avons tenu nos promesses», déclare Mirjam Staub-Bisang, directrice générale de BlackRock en Suisse, lors d’une interview téléphonique avec Le Temps. Les critères durables ont effectivement été «intégrés dans tous les 5600 fonds actifs du groupe, soit 2700 milliards de dollars».

Préférence au dialogue

L’engagement de BlackRock consistant à peser sur le management des sociétés cotées «s’est aussi voulu plus fort et plus transparent», confie Mirjam Staub-Bisang. Dorénavant, le gérant présente chaque trimestre le résultat de ses dialogues avec les organes dirigeants. Cette année, au 20 novembre, il a averti 244 des 440 entreprises menant des activités à forte intensité de carbone que, faute de progrès imminents dans leur politique climatique, il voterait négativement à leur assemblée générale en 2021, sans préciser sur quel point de l’ordre du jour.

En l’absence de progrès de ces groupes, BlackRock s’est opposé au management de 62 entreprises cette année, jusqu’au 20 novembre, contre 53 à la fin juin.

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«En Suisse, les sociétés sont de bonnes élèves, comparativement à la plupart des autres marchés, et celles avec lesquelles nous discutons se sont engagées à faire de grands efforts», note Mirjam Staub-Bisang. Les grands groupes suisses ont souvent été des pionniers dans leur comportement à l’égard du climat, ajoute-t-elle. Aucun membre de l’indice SPI ne figure dans la liste des 53 de fin juin. Le détail des entreprises à fin novembre n’est pas encore publié.

BlackRock a aussi voté contre des résolutions de 53 des 244 entreprises, soit 22% d’entre elles, et s’est également opposé à la nomination de 62 administrateurs de ces mêmes entreprises, au 20 novembre. Le nombre «paraît modeste, mais il se concentre sur les plus gros émetteurs de CO2, et il est en hausse», selon la responsable de BlackRock en Suisse.

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Cet engagement s’appuie sur une équipe de 45 analystes, «la mieux dotée du monde» aux yeux de Mirjam Staub-Bisang, qui a procédé à 3040 interviews de directeurs (+48% par rapport à 2019). Les critères d’analyse n’ont pas été modifiés. Par exemple à l’égard du climat, l’exclusion des entreprises se limite au charbon, mais ne s’étend pas au pétrole de schiste. La définition des critères «répond à une logique de gestion des risques plutôt qu’à des considérations éthiques, à l’exception de l’exclusion des armes controversées», confie Mirjam Staub-Bisang.

Pression croissante sur la finance

Après le rejet, dimanche dernier, de l’initiative pour les entreprises responsables, Mirjam Staub-Bisang s’attend «à une pression croissante en faveur d’une finance respectant davantage l’environnement et les droits humains». Son adoption n’aurait toutefois pas, à son avis, modifié le contenu des fonds de BlackRock.

La Haute Ecole de Lucerne estime, dans une étude, que seulement un tiers des fonds durables suisses exercent un impact réel sur le climat. Mirjam Staub-Bisang se défend de sombrer dans le greenwashing: «Notre grille d’analyse et notre définition de la durabilité sont très strictes», ajoute-t-elle. BlackRock emploie la méthode dite «best-in-class», celle de l’impact ou des critères d’exclusion. L’incertitude sur les mérites des différents fonds repose, à son avis, sur l’absence d’un standard internationalement reconnu. «Je suis persuadée que nous parviendrons toutefois à établir un standard de durabilité dans deux ou trois ans», prévoit-elle.

La croissance des fonds durables devrait s’accélérer, à son avis, notamment du fait de la pression des nouvelles générations. Dans cinq ans, 60% des fonds européens devraient être durables, selon PwC.

Un potentiel majeur réside dans l’amélioration de la qualité des données fournies par les entreprises. Le contre-projet du parlement à l’initiative pour des entreprises responsables devrait y contribuer, selon BlackRock. «Ce qui est mesuré est géré», rappelle Mirjam Staub-Bisang.

Un sondage publié ce jour par BlackRock auprès de 425 investisseurs institutionnels de 27 pays, gérant au total 25 000 milliards de dollars, révèle que la moitié (86% en Europe et au Moyen-Orient) considère comme «fondamental» d’investir selon les normes ESG. Au sein des trois critères, la priorité de 88% des investisseurs est accordée à l’environnement. Autre signe des perspectives florissantes de la finance durable, la part de leurs capitaux ESG passera de 17% aujourd’hui à 37% en 2025.