Editorial

Finance durable: des paroles aux actes

EDITORIAL. La place financière genevoise se rapproche des Nations unies afin de devenir un leader de la finance responsable

Pendant cette année anniversaire de nos 20 ans, «Le Temps» met l’accent sur sept causes emblématiques de nos valeurs. La cinquième portera sur «l’économie inclusive». Nous souhaitons vous faire découvrir des idées, des modèles et des personnalités qui, chacun à leur manière, développent une économie et une finance plus saines.

Du «greenwashing» pratiqué par certaines multinationales aux micro-initiatives développées par des individus, un vaste univers existe, que «Le Temps» explorera par petites touches au fil du mois qui vient. 

Retrouvez tous les articles consacrés à cette cause ici.

Une effervescence s’est emparée de la place financière genevoise ces derniers mois. La finance durable est sur toutes les lèvres, et Genève veut être reconnue comme un de ses leaders mondiaux. Les banques et les Nations unies ont lancé un processus de rapprochement, censé maximiser l’expertise et la visibilité du canton en matière de finance inclusive.

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Alors que Le Temps s’engage pour cette cause, nous nous sommes intéressés à ces ponts virtuels qui se bâtissent entre la rive gauche genevoise (siège de la finance) et la rive droite (la Genève internationale). Des banquiers d’ordinaire passablement réservés nous ont décrit avec exaltation leurs séances de brainstorming avec des spécialistes du développement, d’où doivent sortir des solutions inédites aux grands défis de l’humanité (climat, santé, environnement etc.).

Cette alliance entre deux mondes autrefois largement indifférents l’un à l’autre repose sur une convergence d’intérêts évidente. Avec la COP 21, la publication des Objectifs de développement durable de l’ONU ou le scandale du Dieselgate chez Volkswagen, la finance durable est devenue en 2015 un objet qui intéresse le grand public. Depuis, les clients des banques demandent de plus en plus d’investissements responsables. Les financiers y voient un nouveau débouché, bienvenu après des années de crise. Dans le même temps, les organisations internationales doivent trouver de nouvelles sources de financement et réinventer leurs interventions. La solution est apparue, éclatante, au printemps de cette année: unir ces deux univers.

Projets déjà formulés

Ce soudain engouement pour le durable n’écarte pas les soupçons de récupération ou de greenwashing. Encore marquées par des décennies de secret bancaire, des banques pourraient être tentées de se refaire une virginité en s’associant à des opérations susceptibles d’améliorer l’état de la planète. Certains établissements genevois se sont véritablement engagés en faveur de la finance responsable, mais beaucoup d’autres se contentent encore de sortir de leurs tiroirs un produit estampillé «vert» lorsqu’un client le leur demande. Pour Genève, c’est peut-être le dernier moment pour rattraper son retard par rapport à Londres ou à Luxembourg.

Alors, opération de communication ou véritable réorientation de la finance genevoise? Le succès de ce mouvement ne pourra pas être mesuré à l’aune du nombre de sessions de réflexion commune entre banquiers et humanitaires – aussi vibrantes soient-elles. Les milliards investis dans l’environnement ou le social ne seront pas non plus un indicateur fiable. Et la place de Genève dans les classements internationaux encore moins.

En revanche, on pourra suivre l’évolution des projets très concrets qui émergent déjà des discussions menées depuis le printemps à Genève. Comme la création d’une bourse pour les entreprises sociales ou d’une place de marché pour des projets humanitaires à la recherche de financement. Et d’autres, qui vont encore voir le jour. On mesurera alors la sincérité de l’engagement de la place financière en faveur du bien commun.

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