En 2017, on découvrait avec stupeur que les investissements des caisses de pension et des assureurs suisses alimentaient un réchauffement climatique de 4 à 6 degrés. Bien supérieur à l’objectif de l’Accord de Paris, auquel a adhéré la Suisse, de maintenir ce réchauffement à 1,5 degré et d’éviter des perturbations climatiques irréversibles. Ce lundi, la deuxième édition de l’étude ayant établi ce chiffre a été publiée par l’Office fédéral de l’environnement (OFEV). On attendait avant tout de savoir sur quelle trajectoire notre place financière nous projette désormais.

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L’étude n’a malheureusement pas fourni d’estimation en degrés. Officiellement parce que les participants à l’enquête sont plus nombreux et parce que les résultats de ce «test de compatibilité climatique» sont beaucoup plus hétérogènes. Le lobby financier ne doit pas être mécontent de ce changement. Un chiffre simple marque les esprits et suscite les critiques. Surtout s’il s’était de nouveau révélé supérieur à 1,5 degré.

Décalage entre paroles et actes

Cette impossibilité de mesurer le chemin parcouru est regrettable. Depuis 2017, l’opinion publique a pris conscience des risques climatiques et les banques ont massivement communiqué sur la finance durable. L’étude de l’OFEV montre que le secteur financier a intégré les enjeux climatiques mais aussi qu’il existe un fort décalage entre les paroles et les actes. Que le greenwashing est encore très présent.

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Comment y remédier? Les associations de défense de l’environnement réclament des engagements contraignants de la part de la finance, voire des lois qui imposeraient de publier l’empreinte écologique des investissements. C’est contraire à l’approche du Conseil fédéral, favorable à la finance responsable mais heureux de laisser les professionnels décider quoi faire ou pas.

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Genève offre aussi un bel exemple de décalage entre discours et action. La place financière se positionne en centre mondial pour la finance éthique, grâce aux liens entre les banques et l’écosystème onusien. Mais ne trouve pas les quelques centaines de milliers de francs qui donneraient à l’association chargée de promouvoir la finance durable les mêmes moyens que ses concurrents internationaux. Pour une place financière qui gère des centaines de milliards d’avoirs, cet amateurisme ne peut pas être durable.