«La finance durable représente une opportunité extraordinaire»

Placements Pour Philipp Krüger,la durabilité estplus qu’une mode

L’expert genevois estime que les analystes vont de plus en plus prendre en compte des critères non financiers

La finance durable revient sur le devant de la scène. Jeudi, Genève accueille une conférence, regroupant chercheurs et praticiens, organisée par l’Université de Genève, sur ce segment qui est vu comme une piste de développement pour la place financière suisse. Pourtant, le terme «durable» regroupe une quantité d’activités. Explications avec Philipp Krüger, professeur assistant en finance responsable à l’Université de Genève, qui coordonne cette conférence.

Le Temps: Comment définir ce qui est durable? Beaucoup de fonds se disent durables, mais les critères peuvent grandement varier…

Philipp Krüger: Il existe une variété d’approches et de définitions dans la finance durable. Les praticiens de la finance durable ont néanmoins convergé autour de deux éléments. Premièrement, ce segment cherche à intégrer dans les choix d’investissement ou de financement des critères extra-financiers comme le bien-être salarial, le respect de l’environnement ou la satisfaction du consommateur. Deuxièmement, il s’inscrit dans une optique de long terme en cherchant à appréhender des risques et opportunités liés au développement durable. La finance se voit souvent comme un métier caractérisé par des lois, définitions et approches très exactes. Si vous creusez un peu, vous allez en réalité découvrir que cette hétérogénéité ne se limite pas exclusivement à la finance durable. Prenez par exemple la gestion alternative de manière générale: là aussi, il existe de grandes différences d’approches, de définitions et de critères.

– La finance durable, est-ce vraiment plus qu’une mode?

– Absolument. Les enjeux extra-financiers qui sont pris en compte par ceux qui pratiquent la finance durable préoccupent de plus en plus des très grands investisseurs institutionnels, comme les caisses de pension de la fonction publique en Californie ou le fonds souverain de la Norvège. En plus, l’activisme actionnarial concernant des aspects sociaux ou environnementaux se développe. Les régulateurs commencent à s’intéresser eux aussi aux thématiques liées au développement durable. Dans l’Union européenne, les entreprises cotées devront bientôt publier dans leur rapport annuel des mesures extra-financières. Il s’agit par exemple du bilan carbone, du nombre d’accidents de travail ou du taux de renouvellement du personnel. Ce sont des informations très utiles pour un investisseur et le secteur financier s’en rend de plus en plus compte. A l’avenir, les aspects liés à la finance durable seront de plus en plus pris en compte par des analystes financiers traditionnels.

– Pour l’instant, seuls 4% des actifs gérés en Suisse le sont dans la finance durable, pourquoi?

– Cette approche n’est pas plus adoptée par le secteur financier en Suisse parce qu’il y a un déficit de savoir-faire dans ce domaine. Les enjeux liés au développement durable – démographie ou environnement – sont complexes. Il manque souvent des formations qui rendent ces aspects compréhensibles et opérationnels pour un analyste financier. L’Université de Genève essaie de répondre à ce déficit dans sa formation.

– Est-ce une piste pour le développement de la place financière au-delà du secret bancaire?

– La finance durable représente une opportunité extraordinaire pour le secteur financier suisse. Je suis persuadé qu’une gestion de patrimoine durable qui intègre des préoccupations d’ordre environnemental, social ou éthique, tout en étant fiscalement conforme, est un service financier qui pourra générer une demande considérable. Ce n’est pas pour rien que Swiss Sustainable Finance, une association qui cherche à promouvoir la finance durable en Suisse, a été créée cette année.