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Sofinnova Partners a dévoilé mercredi le lancement d’un nouveau fonds destiné à soutenir les biotechs les plus matures.
© Adam Jourdan/Reuters

Santé

La finance européenne monte en puissance pour aider les biotechs à grandir

Sofinnova a annoncé mercredi la création d’un fonds doté de 275 millions d’euros (323 millions de francs)

Longtemps en Europe les biotechnologies ont buté sur l’amorçage. Mais grâce notamment aux subsides déployés par la banque publique Bpifrance, les projets innovants, qu’ils soient thérapeutiques ou dans le domaine de l’instrumentation médicale, peuvent trouver des capitaux pour financer leurs premiers pas.

La disette survient plus tard, quand il s’agit de payer de lourds essais cliniques. «C’est compliqué en Europe de structurer une levée de fonds privés supérieure à 20 ou 25 millions d’euros», reconnaît Hervé Ronin, associé de la banque d’affaires Bryan Garnier & Co.

Pour répondre à ce besoin, Sofinnova Partners a dévoilé mercredi le lancement d’un nouveau fonds destiné à soutenir les biotechs plus matures. «Nous pourrons mettre des tickets moyens de 15 à 20 millions d’euros dans le cadre de tours de table de 50 à 100 millions d’euros», détaille le Suisse Jacques Theurillat, l’un des associés de l’équipe gérant ce fonds dédié.

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Il s’agit du plus important d’Europe avec 275 millions d’euros, à l’issue du premier closing (dernière étape d’une levée de fonds), grâce notamment au soutien de Bpifrance et de CNP Assurances. De quoi porter à 1,9 milliard d’euros l’ensemble des capitaux gérés dans les sciences de la vie par la société de gestion, pionnière du capital-risque français.

Dans le jargon, il s’agit d’un fonds «cross-over». Rien à voir avec les voitures. Cela désigne les fonds – américains pour la plupart – qui ont vocation à accompagner des start-up pendant les quelques mois précédant leur arrivée sur le Nasdaq, le marché des valeurs de croissance où les biotechs peuvent réaliser des levées supérieures à 100 millions d’euros.

«Il y a des pépites en Europe»

Typiquement, Baker Bros. Advisors est ainsi entré au capital du français DBV Technologies (qui développe un patch contre les allergies aux arachides), quelques mois avant sa première cotation au Nasdaq en octobre 2014. Il a réitéré la manœuvre en 2017 concernant Erytech Pharma (oncologie).

«Il y a des pépites en Europe. La France en particulier est devenue un centre d’excellence en matière de biotech et d’instrumentation médicale, souligne Jacques Theurillat. Avec mes associés, nous avons préparé une liste de 15 à 20 sociétés qui nous intéressaient. Nous travaillons déjà avec quatre ou cinq et un premier investissement devrait se concrétiser dans les semaines à venir», précise cet ancien dirigeant du groupe pharmaceutique suisse Serono.

Aider les start-up européennes à séduire la finance américaine

Le système financier européen, cependant, n’a pas suivi cette éclosion. Selon les données du cabinet EY, les quelque 2800 biotechs américaines répertoriées en 2016 se comparaient à près de 2400 en Europe.

Pas si différent. Dans le même temps, les 259 sociétés cotées de ce côté-ci de l’Atlantique pesaient environ 160 milliards de dollars (153 milliards de francs), quand les 449 firmes cotées à Wall Street capitalisaient 700 milliards de dollars: le signe de valorisations plus élevées liées à un appétit beaucoup plus fort des investisseurs.

Le projet de Sofinnova n’est pas de se passer de la finance américaine mais au contraire d’aider les start-up européennes à la séduire. «Ce n’est pas facile pour un fonds américain d’investir en Autriche, en Italie ou en France», souligne Antoine Papiernik, managing partner de Sofinnova. L’autre solution jusqu’ici, c’est souvent Euronext. La bourse paneuropéenne dispose d’un large compartiment de biotechs. Mais, «faute de financements alternatifs, beaucoup de biotechs européennes vont en bourse trop tôt», déplore Antoine Papiernik.

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«La bourse offre une belle visibilité aux sociétés de biotech mais elle reste volatile. Les levées de fonds ne sont pas toujours possibles selon les conditions de marché», estime Martial Descoutures, analyste chez Invest Securities, qui relate: «2017 a été une année difficile pour nombre de biotechs cotées sur Euronext après des essais cliniques globalement décevants. Dans ce contexte, beaucoup d’investisseurs généralistes ont préféré s’alléger pour réorienter leurs portefeuilles vers d’autres valeurs de la tech.»

Le cross-over a le vent en poupe. La société d’investissement clermontoise Sofimac compte boucler son fonds Crosslife, doté de 200 millions d’euros au premier semestre 2018. Pour cela, elle a noué un partenariat avec le fonds de San Francisco Bay City Capital et recruté Pierre-Olivier Goineau, cofondateur d’Erytech et ancien président de France Biotech.

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