Banques

Dans la finance, la formation continue devient un passage obligé

En Suisse, plus d’un millier de candidats passent chaque année les examens pour devenir analyste financier (CFA). Les employés de banque, incités par leur employeur, sont de plus en plus nombreux à recourir à ce genre de certifications

Dans le secteur financier, la formation continue est devenue la norme. CFA, CAIA, FRM… Les acronymes sont pléthoriques et les postulants de plus en plus nombreux. En Suisse, environ 1500 candidats étaient inscrits cette année aux examens du certificat CFA (Chartered Financial Analyst), un des plus réputés. Une tendance motivée par le renforcement des exigences professionnelles et les mutations du secteur bancaire.

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Les étudiants et jeunes actifs suisses ne se contentent désormais plus d’une formation académique. «Un bachelor ne suffit pas pour prétendre à certains postes dans la finance, affirme Leila*, diplômée du premier niveau (sur trois) du CFA. Certaines certifications peuvent être une alternative à un master, bien que la charge de travail soit aussi importante.» Ces qualifications spécialisées requièrent parfois plusieurs années de pratique et des centaines d’heures de travail. Les frais d’inscription sont compris entre 1200 et 2700 francs: un investissement comparable au montant des coûts administratifs d’un master à l’Université de Lausanne (UNIL).

Passeport pour l’international

Les universités suisses ont déjà conclu plusieurs partenariats avec des organisations internationales, qui reconnaissent la qualité des enseignements. Selon Christian Dreyer, président de CFA Society Switzerland, «au moins 70% des compétences requises dans le cadre d’un CFA doivent être intégrées dans le contenu académique des masters considérés. Le programme du certificat est mis à jour chaque année.»

Pour Christian Donzé, directeur du Centre de formation à la Banque Cantonale Vaudoise, ces diplômes, reconnus par l’ensemble du secteur bancaire, peuvent faciliter la mobilité professionnelle. Et devenir un passeport indispensable pour l’international pour les jeunes diplômés. «Les certifications sont importantes si l’étudiant reçoit une formation en Europe et veut travailler en Amérique du Nord, explique Eric Jondeau, membre du Swiss Finance Institute et professeur de finance à l’UNIL. Les Etats-Unis ont un système différent et ne connaissent pas forcément bien les masters européens. Les certificats permettent de reconnaître les compétences de l’étudiant.»

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Incitation des employeurs

Les organismes financiers incitent de plus en plus leurs employés à se former, ce qui peut expliquer l’engouement actuel autour des certifications. «Les banques attachent une importance primordiale à la formation professionnelle comme à la formation continue de leurs collaborateurs: près de 60% d’entre elles établissent un plan de carrière systématique pour certains de leurs employés, et 15% même pour l’ensemble de leurs effectifs», affirme l’Association patronale des banques en Suisse (Employeurs Banques). Dans un rapport publié en 2016, elle révèle que «92% des entreprises soutiennent financièrement les sessions externes de formation continue».

Pour Christian Donzé, les stratégies de gestion de la formation dans le monde bancaire ont profondément évolué. «La réglementation est devenue plus dense, la technologie évolue rapidement et les clients sont bien mieux renseignés qu’il y a vingt ans. Les collaborateurs doivent donc continuer à se former pour s’adapter à ces évolutions», ajoute-t-il.

La Swiss Association for Quality (SAQ), accréditée par le Secrétariat d’Etat à l’économie (Seco), délivre depuis 2015 une norme de certification aux employés des grandes banques suisses – parmi lesquelles UBS, Credit Suisse, Julius Baer et les banques cantonales latines. Une attestation permettant de certifier sur une base commune les compétences des conseillers à la clientèle.

Des diplômes indispensables?

En Suisse, les certifications financières ne sont pas toujours exigées au sein du domaine bancaire. Selon Eric Jondeau, les instituts financiers connaissent parfaitement le niveau de compétences délivré par les universités ou les hautes écoles spécialisées, et les étudiants n’ont pas forcément besoin d’ajouter une ligne à leur curriculum vitae pour être recrutés. «Toutes ces formations sont complémentaires, précise Christian Donzé. Les diplômes professionnels et fédéraux donnent déjà une excellente formation de base.»

* Nom d’emprunt

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