La finance et les droits de l’homme n’ont a priori pas grand-chose en commun. David Kinley les relie néanmoins dans un livre ambitieux, affirmant qu’il est possible de réparer la première en sauvant les seconds. Comment? En incitant la finance à être fière de ce qu’elle fait pour la société. En jouant sur l’amour-propre des banquiers, en quelque sorte, décrit le spécialiste des droits de l’homme à l’Université de Sydney (Australie), qui donnait une conférence ce mercredi à Genève.

«La finance se voit comme un secteur exceptionnel, ce qui lui a permis de ne pas regarder les conséquences de ses actions», lance David Kinley, un Nord-Irlandais d’origine installé en Australie depuis 30 ans. Même s’il a contribué à faire reculer la pauvreté, le développement de la finance depuis la dérégulation des années 1980 est devenu hors de contrôle, estime-t-il.

La solution passerait-elle par une taxe sur les transactions financières? Pas vraiment, car «comment s’assurer que l’argent récolté sera dépensé pour les pauvres?» demande l’auteur de Necessary Evil («Un mal nécessaire»).

Comprendre la finance

Il n’est pas plus enthousiaste à propos de la philanthropie, malgré «les avancées remarquables qu’elle permet». Car «donner n’est pas l’activité première des milliardaires, qui peuvent avoir constitué leurs fortunes au détriment d’autrui ou en essayant par tous les moyens de ne pas payer d’impôts».

Le premier pas vers la «réparation» de la finance passe par une meilleure connaissance de ce qu’elle est, estime encore David Kinley, qui a cherché à décrypter ce monde depuis dix ans, pour son livre. «Une meilleure compréhension permettra aussi aux hommes politiques d’être plus courageux, de ne pas accepter l’exception de la finance.»

Un deuxième élément central touche la psychologie des acteurs de la finance. «Comme le montrent les auteurs de The Economy of Esteem [Geoffrey Brennan et Philip Pettit], il existe trois forces dans l’économie: une main visible (l’Etat qui régule), une main invisible (le marché, théorisé par Adam Smith) et une main intangible, qui fait que les entrepreneurs veulent gagner de l’argent mais aussi être fiers de ce qu’ils font. On peut changer le comportement des gens avec des incitations.» Il reconnaît que les choses s’orientent vers un système plus honnête, notamment avec l’essor de la finance durable, le respect croissant de l’environnement ou le recul du travail des enfants, par exemple.

Finalement, est-il optimiste? «Depuis un an que je fais la promotion de mon livre, 60% des gens de tous horizons que j’ai rencontrés pensent que les banquiers sont irrécupérables. Cela laisse un nombre important – y compris des banquiers – qui croit à une évolution positive. C’est une voie prometteuse», conclut David Kinley.