C’est un «village» virtuel d’un genre un peu particulier que lance dès lundi 3 avril une société franco-suisse. Son nom – Planet of Finance 3D – donne déjà l’impression d’entrer dans un jeu vidéo, d’autant plus qu’il faut au préalable choisir son avatar de façon à pouvoir interagir avec les autres visiteurs.

Décalé, peut-être. Mais, dans le fond, tout ce qu’il y a de plus sérieux: Planet of Finance veut mettre à disposition une plateforme dédiée à la gestion de fortune où les gérants peuvent se rencontrer et échanger avec d’autres experts du secteur, avocats, fiduciaires ou autres et, surtout, accueillir les investisseurs privés à la recherche de solution de placement. «Le Temps» a pu tester une version en avant-première de cette espace, qui ressemble à n’importe quel centre de conférences, à l’exception près qu’il est 100% en ligne.

Déjà un test en 2013

Planet of Finance 3D est la continuité d’un projet lancé en 2013. En novembre de cette année-là, la plateforme - qui s’appelait encore E-Merging et appartenait à Lombard Odier – organisait une foire financière virtuelle appelée «Virtual FinFair», une manifestation que nous avions déjà relatée dans ces colonnes. L’événement avait alors recensé 600 avatars connectés provenant de près de 40 pays et 12 000 cartes de visite avaient été échangées.

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E-Merging, le réseau social destiné aux experts indépendants de la finance, a ensuite quitté le giron de la banque genevoise. Il est resté dirigé par Olivier Collombin, instigateur du projet, qui en a fait une fintech, avant de renommer le réseau Planet of Finance.

Désormais, le «village» sera ouvert en permanence: sept jours sur sept, 24 heures sur 24. Les visiteurs peuvent interagir par chat ou Skype, consulter les personnes présentes sur les stands, regarder des vidéos dans la salle de conférences. Chaque mois, la thématique changera et des petits événements seront organisés régulièrement pour attirer les visiteurs. Plus tard, le logiciel sera adapté pour le mobile et les casques de réalité virtuelle.

Retour sur investissement

Parmi les vingt «exposants», qui louent un espace virtuel pendant trois, six ou douze mois, figurent déjà certaines grandes banques de la place. Pictet, Lombard Odier, UBP ou Bordier en font partie, aux côtés de plusieurs fintechs.

Ce village remplacera-t-il les foires financières? «Je ne sais pas. Mais il est de plus en plus compliqué pour les banques de boucler des budgets aussi importants pour des événements, tout en évitant de donner aux clients l’impression de gaspiller leur argent dans des événements de prestige», estime Olivier Collombin, fondateur de Planet of Finance. «Ce d’autant que le retour sur investissement de ce genre de foire est difficile à évaluer, ce qui veut également dire qu’il est insatisfaisant».

«Pitch rooms»

Planet of Finance a plusieurs fonctions. Les utilisateurs privés peuvent notamment y faire un appel d’offres (pitch room) pour trouver des gérants de fortune. Jusqu’à présent, l’équivalent de 500 millions de dollars a fait l’objet de demandes. Les trois gérants les plus rapides – présents sur la plateforme s’ils détiennent déjà un agrément professionnel d’une juridiction – peuvent faire une offre que le client peut accepter ou refuser.

En plus de répondre à ces appels d’offres, les gérants peuvent communiquer entre eux pour collaborer, fusionner ou mettre en commun une partie de leur infrastructure. Planet of Finance, qui se présente comme la plus importante communauté financière en ligne dans le monde, affirme regrouper plus de 100 000 experts, 1215 entreprises, venant de 64 pays et gérant 2517 milliards de dollars.

Monaco plus intéressante que Genève

Initiée à Genève, la start-up a cependant migré à Monaco. «C’est désormais notre centre de gravité, là où sont actifs la plupart de nos douze employés», reconnaît Olivier Collombin, qui met en avant la qualité de l’accueil dans une principauté intéressée à se développer dans le numérique et la technologie. A cela s’ajoute qu’à talent égal, les salaires sont plus compétitifs, «ce qui est important lorsqu’on est une start-up et qu’à 55 ans, on y consacre ses économies», poursuit l’ex-banquier. Dont l’objectif pour atteindre la rentabilité est fixé à juin 2018.

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