L’autorité fédérale de la surveillance des marchés financiers (Finma) a annoncé lundi matin l’ouverture d’une procédure de faillite à l’encontre de Banque Hottinger & Cie SA. Une procédure extrêmement rare en Suisse. La dernière en date avait visé la banque privée d’origine portugaise Espirito Santo en septembre 2014.
«Cette mesure se justifie par le risque de surendettement qui menace la banque, a précisé la Finma dans un communiqué. L’éventualité d’un assainissement a été examinée de très près, mais n’a pu être réalisée.»
Selon la Finma, ce sont des «pertes répétées et des contentieux non résolus» qui ont empêché la banque de remplir ses exigences en matière de fonds propres. Des problèmes de liquidités qui n’ont aucun lien avec le programme américain [qui doit permettre aux banques suisses de mettre un terme au différend fiscal qui les oppose aux Etats-Unis], assure toutefois l’autorité financière. Sans en dire davantage.
Au mois de mars, Le Matin Dimanche et la SonntagsZeitung avaient révélé que la justice suisse enquêtait sur un baron du nucléaire ukrainien, qui aurait déposé des millions de francs issus de la corruption auprès de la Banque Hottinger & Cie. Au total, 30 millions auraient été bloqués en Suisse.
Six mois plus tard, l’établissement se retrouve désormais en faillite. Faut-il y voir davantage qu’une simple coïncidence? Contactée lundi, la banque n’a pas répondu à nos questions.
Début septembre, et alors que des rumeurs de rachat circulaient autour de la banque, son patron André Reichlin nous avait confirmé être à la recherche d’opportunités. «Comme de nombreux acteurs de la place, notamment de petite taille», avait-il précisé par email.
Aujourd’hui, force est de constater que l’établissement basé à Zurich et disposant d’une importante filiale à Genève n’est pas parvenu à trouver un repreneur à temps. «Aucun investisseur convenable ne s’est déclaré prêt à reprendre la banque», a ainsi souligné la Finma dans son communiqué.
L’objectif principal de la Finma est désormais de protéger les investisseurs, explique-t-elle. «Dans un premier temps, les liquidateurs de la faillite rembourseront rapidement les avoirs des clients jusqu’à concurrence de 100 000 francs», souligne-t-elle avant de préciser que, selon ses calculs, les dépôts privilégiés devraient pouvoir être intégralement couverts par les moyens existants de la banque.
Fondée à la fin du XVIIIe siècle, la Banque Hottinger & Cie avait vu sa fusion avec la banque privée genevoise Cramer & Cie avorter en 2012. Elle présentait cette année un bilan d’environ 145 millions de francs pour 1500 clients et une masse sous gestion de 1,5 milliard de francs. Quant à ses collaborateurs, ils étaient une cinquantaine environ.