En novembre, la Banque centrale européenne (BCE) avait réagi, en baissant son taux directeur d’un quart de point, à 0,25%. C’était, arguait-elle, pour réduire les risques de déflation qui planaient sur la zone euro.

Cette fois-ci, la BCE a fait dans la prévention. Jeudi, comme attendu par une immense majorité, elle a laissé ses taux inchangés, à l’issue de sa réunion de politique monétaire. Autant ceux de référence que ceux des dépôts sur lesquels les banques placent des liquidités pour 24 heures, déjà à 0%.

La BCE a aussi dévoilé ses premières prévisions pour 2015. Une manière pour elle, disait-on avant même leur publication, d’indiquer quelle orientation pourrait prendre sa politique monétaire au cours des prochains mois. Résultat: l’inflation n’est pas près de rebondir. En 2015, elle plafonnera à 1,3%. Pour l’an prochain, la prévision a par ailleurs été abaissée à 1,1%. Soit 0,2 point de pourcentage de moins que prévu en juin dernier.

Par contre, et même si sa prévision de croissance reste à – 0,4% pour 2013, la BCE se montre légèrement plus optimiste sur le rebond de l’activité économique. En 2014, le PIB de la zone euro devrait progresser de 1,1%, contre 1% attendu précédemment. L’année suivante, le rythme de reprise devrait s’accélérer, avec un taux de 1,5%. «L’activité devrait profiter d’une amélioration graduelle des exportations et d’une embellie de la demande intérieure, «soutenue par la politique monétaire accommodante», selon le président de la BCE, Mario Draghi, lors de la conférence de presse qui a suivi la réunion mensuelle.

Des prêts sous condition

Pour l’économiste de la Banque Berenberg, Christian Schulz, les chiffres d’hier «soulèveront des questions la prochaine fois que Mario Draghi se rendra devant le parlement européen», a-t-il expliqué à Reuters. Selon lui, les députés voudront savoir «pourquoi la BCE n’en fait pas plus pour se rapprocher de son objectif [ndlr: une inflation inférieure mais proche de 2%]. Elle sera sous pression ces prochains mois.» Jeudi, en réponse aux questions sur les risques déflationnistes auxquels la zone euro est exposée, Mario Draghi n’a fait que se répéter: il faut s’attendre «à une période prolongée de faible inflation».

Quant aux nouvelles mesures éventuelles, toutes les options restent ouvertes, a-t-il éludé, précisant toutefois que la probabilité de taux d’intérêt négatifs sur ses dépôts avait été «brièvement» évoquée. Tout autre outil non conventionnel, comme un LTRO – des prêts à long terme aux banques à des taux très avantageux, utilisés fin 2011 et début 2012 – ne sera envisagé que s’il profite vraiment à l’économie réelle, a aussi prévenu Mario Draghi.