Depuis un certain temps en Europe, les PME implantées en zones rurales et plus particulièrement les exploitations agricoles et autres entreprises desservant le secteur agricole, rencontrent des difficultés financières. Outre la chute du prix des denrées et l’augmentation du coût de l’électricité, elles peinent à accéder au financement face au retrait généralisé des banques commerciales. En effet, celles-ci ne cessent de délaisser de nombreux pays et secteurs d’activité. Rien qu’au Royaume-Uni, le réseau de banques s’est contracté de près de 40% depuis 2008 et les découverts bancaires autorisés se sont réduits à environ 5 millions de livres sterling par jour. Dès lors, le financement indispensable pour assurer la modernisation des infrastructures et l’accès aux sources d’énergies bon marché, ainsi que pour faire face aux exigences croissantes en matière de recyclage, devient difficile à obtenir pour beaucoup.

Comment combler ce déficit de financement?

Si les fonds de capital-risque jouent un rôle important dans l’apport de capitaux aux entreprises, et notamment aux start-up, la demande sur ce marché spécifique se concentre principalement sur des prêts commerciaux garantis par des actifs, souvent sous la forme de terrain agricole. Les acteurs du private equity (PE) ne souhaitent pas détenir des actifs liés à des exploitations agricoles individuelles ou des entreprises de la chaîne de production agro-alimentaire. Bien qu’ils investissent volontiers dans des sociétés dans le domaine de l’énergie, ces fonds montrent peu d’intérêt pour le financement de petits projets liés aux énergies solaires, éoliennes, ou aux biogaz, par exemple.

Le financement garanti par des actifs s’est développé afin de répondre aux besoins de petites entreprises dont les flux de trésorerie et bilans comptables sont trop petits pour la plupart des acteurs du PE et trop grands ou complexes pour la majorité des groupes de financement participatifs. Des fonds spécialisés dans de tels prêts gagés par des actifs ont pris la place des banques défaillantes et financent des sociétés de production et de transformation agro-alimentaire moins vulnérables aux récessions économiques tout en étant capables de générer un flux de revenus constant.

Une bonne liquidité

Il existe cependant un problème de liquidité. Les investisseurs qui gèrent des placements non classiques restent sensibles au risque de liquidité dans leurs portefeuilles. Au contraire des fonds de capital-risque, les fonds qui investissent dans un portefeuille de prêts gagés par des actifs, ont l’avantage de présenter un profil de liquidité plus court terme, offrant la possibilité de revente de parts qui se compte en mois. Ces fonds permettent par ailleurs de garantir une liquidité supérieure au private equity et présentent une faible corrélation par rapport aux investissements dans des classes d’actifs traditionnels.

Ceci explique en partie pourquoi les fonds basés sur des prêts sécurisés par des actifs se sont fortement développés dans le monde entier. Au Royaume Uni, par exemple, le montant alloué à ces prêts représente près de CHF 7 milliards (£4.2 mia), pour une croissance annuelle de plus de 9%, ce qui contraste fortement avec l’industrie du PE, plus importante certes mais mature.

Outre le besoin de liquidité, les investisseurs recherchent des investissements non corrélés aux marchés boursiers, et qui puissent être à la fois transparents et faciles à maîtriser tout en surpassant les rendements obligataires de référence. Le prêt sur base d’actifs répond à tous ces critères.

Comparativement au PE toujours, ce dernier est une classe d’actifs dont la réputation est établie, mais il peut se révéler cyclique comme nous l’avons observé au cours des 15 dernières années. Les gérants de tels fonds chercheront toujours à céder les entreprises de leurs portefeuilles à leur plus forte valorisation, au meilleur moment et ce dès leur cinquième année d’existence. En effet ces fonds sont à capital fixe et créés pour une durée limitée.

En revanche, la structure des fonds de prêts garantis par des actifs est plus flexible, avec un capital variable, une durée de vie potentiellement illimitée, et un portefeuille plus diversifié. On peut même envisager un fonds qui investisse indirectement dans de tels prêts au travers d’investissements dans des sociétés de financement qui, elles, prêteraient aux clients finaux.

Les compétences de ces sociétés de financement sont centrales dans cette stratégie puisqu’il faut gérer le risque lié aux divers prêts accordés aux PME. Ainsi on recherchera l’expérience en financement commercial ou bancaire et une compréhension du secteur dans lequel les emprunteurs évoluent.

Il convient également de noter que si les fonds de PE détiennent du capital, les prêteurs sur base d’actifs sont eux assimilés à des créanciers et peuvent réaliser des actifs tangibles en cas de faillite de l’entreprise.

Nous soutenons que le financement s’il ne l’est pas encore doit être considéré comme une classe d’actif à part entière.