Innovation

Le financement participatif poursuit son essor et se spécialise davantage

La Haute Ecole de Lucerne a répertorié 40 plateformes en Suisse servant à financer des projets dans différents domaines

L’essor du financement participatif se confirme année après année en Suisse. Partie de montants très modestes au début de la décennie, cette manière de récolter des fonds, utilisée initialement pour soutenir des projets culturels, sert aussi à obtenir des prêts pour des petites et moyennes entreprises (PME), à financer de nouvelles start-up, voire à acquérir des biens immobiliers. Toutes tendances confondues, le crowdfunding a permis de réunir 27,3 millions de francs en Suisse l’an dernier, contre 15,8 millions en 2014, selon une étude publiée mardi par la Haute Ecole de Lucerne qui s’est basé sur les données fournies par une trentaine de plateformes actives en Suisse.

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Comme l’année précédente, les montants les plus importants ont été collectés par le biais du «crowdonating» (don) ou «crowdsupporting» (soutien apporté en l’échange d’une contre-prestation, un bien ou un service) 12,3 millions. Une large partie de ce montant a été affecté à des projets culturels ou liés à l’économie créative, via des plateformes comme Wemakeit ou 100-days.net.


Des crédits aussi pour les PME

Le financement participatif de type «crowdlending» (prêt contre le versement d’un intérêt) a toutefois été le segment qui a progressé le plus fortement l’an dernier pour atteindre 7,9 millions de francs, contre 3,5 millions un an plus tôt.

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«Cette forte croissance s’explique avant tout par l’entrée sur le marché de nouvelles plateformes qui permettent non seulement à des particuliers mais aussi à des PME de contracter des crédits par le biais de plateformes de crowdfunding», a expliqué Andreas Dietrich, professeur de finance à la Haute Ecole de Lucerne et co-auteur de l’étude.


Même l’immobilier est concerné

Autre nouveauté observée dans le segment crowdinvesting (argent confié en l’échange d’une participation dans une entreprise ou un projet): le financement participatif a fait son entrée dans le secteur de l’immobilier («real estate crowdunding»). Avec cette approche, proposée notamment par la plateforme alémanique Crowdhouse, l’investisseur devient co-propriétaire d’un objet immobilier aux côtés d’autres personnes. L’extension de l’usage du financement participatif dans ces deux domaines a eu grand impact sur les montants collectés: «D’importantes sommes ont été allouées dans le domaine des prêts accordés aux PME et dans le secteur de l’immobilier, avec un effet important sur les volumes d’ensemble», observe Andreas Dietrich.

65 millions attendus pour 2016

Pour 2016, les auteurs de l’étude anticipent à nouveau une forte croissance des montants récoltés à l’aide du financement participatif qui devraient totaliser 65 millions de francs.

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Un essor soutenu par le nombre croissant de sites qui permettent de lever des fonds sur internet. En avril, plus de 40 plateformes étaient répertoriées par l’étude, contre 30 en fin d’année dernière. En tout, 90 000 personnes ont soutenu des campagnes de crowdfunding ou investi de l’argent sous cette forme.

Toutes les plateformes ne deviendront pas rentables

La multiplication du nombre de plateformes actives dans le crowdfunding est-elle une chance pour ce mode de financement ou menace-t-elle de conduire à une fragmentation du marché ? Andreas Dietrich reste partagé à ce sujet: «D’un côté, plus de concurrence conduit à davantage de marketing et cela montre qu’il existe encore un potentiel de croissance sur ce marché. De l’autre, il y a aussi une forte probabilité que certaines de ces plateformes ne parviendront jamais à devenir rentables», considère le spécialiste.

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