Philanthropie

Des financements innovants pour l’aide au développement

Face à la perspective d’une stagnation des financements publics, les organisations internationales expérimentent des outils novateurs pour développer des projets ou les rendre plus efficients

Le Centre en philanthropie de l’Université de Genève organise en partenariat avec «Le Temps» un colloque sur le thème «Philanthropie, émotions et empathie: quels liens?» lundi 10 décembre 2018 de 18h à 21h au Campus Biotech, 9, chemin des Mines à Genève. Inscription obligatoire.

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Les guerres, les maladies ou la famine affectent un nombre toujours élevé d’êtres humains. Pour répondre à ces défis de taille, les organisations internationales actives dans l’aide au développement utilisent de manière croissante de nouvelles solutions de financement (innovative financing). Leur budget dépend aujourd’hui encore en grande partie des aides octroyées par les Etats (près de 145 milliards de dollars par an). Mais ces sommes, même en restant stables, ne suffiront pas à répondre aux besoins croissants du secteur. «Ces quinze dernières années, un travail important a été accompli dans de nombreux domaines, mais si nous voulons atteindre les objectifs de développement durable établis par l’ONU en 2015, nous devons innover et collaborer avec le secteur privé pour obtenir des moyens de financement alternatifs», explique Marina Krawczyk, responsable du Financial Innovation Lab de l’Unicef. En 2016, par exemple, l’institution a créé un fonds de capital-risque pour financer des projets novateurs dans les pays où elle est active.

L’initiative du CICR

En septembre 2017, le Comité international de la Croix-Rouge a lancé le Humanitarian Impact Bond, un partenariat public-privé inédit dont le but est de financer trois nouveaux centres de réhabilitation en République démocratique du Congo, au Mali et au Nigeria. Dans le cadre de ce projet, les gouvernements belge, suisse, italien et britannique ainsi qu’une fondation espagnole se sont engagés à verser 27 millions de dollars à un groupe d’investisseurs privés prêts à financer la construction des trois centres. Grâce à plusieurs innovations, ceux-ci visent 80% d’efficience supplémentaire par rapport aux actuels centres en Afrique. Un retour sur investissement de 7% par an sur cinq ans est prévu si cet ambitieux projet est couronné de succès.

Dans le cas contraire, jusqu’à 40% du capital investi pourrait être perdu. Plusieurs entités privées, dont la Fondation Lombard Odier, ont assumé ce «risque d’innovation» et investi 18,6 millions dans le programme. Pour le CICR, il s’agit d’une opération intéressante. «Le projet nous permet de tester de nouveaux outils de financement, mais aussi de mesurer l’efficience des centres de réhabilitation déjà existants. Ce type de financement sur plusieurs années nous offre aussi une plus grande flexibilité dans la gestion d’un programme», note Tobias Epprecht, responsable du Humanitarian Impact Bond au CICR.

Il existe d'autres mécanismes

D’autres mécanismes innovants ont été développés. Le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme recourt par exemple au financement mixte (blended finance). Cet outil implique le déblocage de fonds publics et privés à travers un plan d’investissement commun. Les principales innovations financières ont d’abord été utilisées dans le domaine de la santé. L’Alliance du vaccin (Gavi) a fait office de pionnière en la matière. En 2006, l’organisation a lancé l’un de ses programmes phares: l’International Finance Facility for Immunisation. Cette initiative permet d’utiliser rapidement, en émettant une série d’obligations, le montant de donations étatiques réparties initialement sur plusieurs années. Plus de 2,6 milliards ont été récoltés par ce biais jusqu’à présent.

Ces nouveaux outils pourraient en outre servir de déclencheur pour une transformation plus profonde du secteur de l’aide au développement. Pour Maximilian Martin, responsable de la philanthropie chez Lombard Odier, «ce type d’instruments ouvre la voie aux investissements privés dans un secteur qui leur est traditionnellement fermé. A travers l’innovation, ils offrent des perspectives très intéressantes pour orienter le fonctionnement des organisations internationales vers toujours plus d’efficience dans la gestion des projets et l’allocation des ressources.»

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