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Le Financial Times se penche sur la «résilience helvétique»

Dans une enquête nourrie, le journal économique tente de comprendre de quelle manière la Suisse résiste aux attaques sur le front bancaire. L’explication est contrastée

Rebâtir la marque «Suisse». C’est la saga que le Financial Times, ou FT, ambitionne de raconter ce mercredi, dans une enquête nourrie. Regard intéressant, quoique prudent, sur le paradoxe helvétique: un pays qui ne cesse d’être secoué par des attaques, en particulier américaines, s’agissant du système bancaire, et qui se porte toujours bien mieux que les autres nations du continent.

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Au fil de sa narration, le journaliste Ralph Atkins brasse large. Il évoque la neutralité pendant la guerre, qui a permis de reprendre les affaires «avec une base industrielle n’ayant pas été détruite». Il signale l’incident des «gnomes de Zurich», désignation furieuse du premier ministre britannique Harold Wilson pendant la crise de la livre sterling en 1964. Pour dépeindre les malheurs qui se sont abattus sur cette nation «dont les huit millions d’habitants sont les plus riches du monde», il situe le seuil aux années 1990 et la crise des fonds juifs en déshérence.

Fin 2000, le début des attaques

Ensuite, saut vers 2007 et les années suivantes, les enquêtes, puis les requêtes, enfin les exigences, des autorités américaines. De plus, «l’image de la Suisse a aussi été abîmée en Europe, avec les révélations sur l’évasion fiscale»: et de citer les procédures ouvertes par la France et la Belgique contre UBS, ainsi que l’Allemagne à propos de Credit Suisse.

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Tout ceci n’abat pas le pays, ni même ses établissements financiers, relève le FT: il cite le banquier François Reyl, qui a ouvert ce mois un bureau à Dallas, mettant en avant le «service helvétique sophistiqué».

Des réponses opposées

Le panorama du journal économique se fait dual, voire un peu schizophrène – peut-être à l’image du petit pays lui-même? Ainsi, les contrastes imprègnent les avis des interlocuteurs. Cité, Nicolas Bideau, chef de l’organisme national de promotion Présence Suisse, assure que «les perceptions de la Suisse n’ont pas changé».

L’ancien secrétaire d’Etat Michael Ambühl, qui enseigne désormais à l’EPFL, relève pour sa part que «nous avons souvent une mauvaise image à Bruxelles», car «il est difficile pour un eurocrate de comprendre qu’un pays fonctionne bien en étant hors de l’UE, sinon par les seules explications du secret bancaire et de la concurrence fiscale. Ce qui, bien sûr, est faux.»

Port pour pirates et véritables réformes

L’état de la situation helvétique selon le FT ne se conclut donc pas vraiment. Sinon qu’il existe bien «une résilience suisse». Sans doute, juge l’auteur en substance, parce que le pays sait exploiter son filon de neutralité sur le plan diplomatique, autant dans l’accueil d’organisations internationales que dans les discrètes démarches de liaison – Etats-Unis-Cuba, aujourd’hui auprès de l’Arabie saoudite…

Peut-être aussi parce que sous le coup des procédures répétées, la Suisse s’est accrochée à son image de neutralité et de libéralisme économique, ainsi que de havre discret, restant le meilleur «port pour les pirates». Ou alors, «explication plus charitable», les banques se sont vraiment réformées, et elles tiennent bon, entre autres facteurs, grâce à la stabilité helvétique dans un monde tourmenté.

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