La salle était étonnamment comble pour un vendredi soir. Mais les investisseurs, potentiels ou confirmés, ne manqueraient pour rien au monde l'occasion de boire comme du petit lait les paroles du financier zurichois Martin Ebner. Celui-ci, jubilant de verve et de bonne humeur, a choisi d'entamer pour la troisième année son tour de Suisse à Pfäffikon, non loin de Zurich. Un tour destiné à éveiller les investisseurs aux bienfaits de devenir actionnaire, qui se poursuivra cette semaine à Jona dans le canton de Saint-Gall et à Vaduz au Liechtenstein. «Selon le dicton, les détenteurs d'obligations dorment bien et les actionnaires mangent bien», a rappelé le financier. Celui-ci s'est empressé d'y ajouter sa propre sauce, en affirmant que les actionnaires peuvent aussi dormir sur leurs deux oreilles. Et de soutenir cette affirmation par des chiffres: 100 francs investis en obligations en 1926 auraient aujourd'hui généré 2758 francs. Alors que s'ils avaient été investis en actions, cette somme aurait atteint 53 798 francs.

Martin Ebner s'appuie sur de vieilles statistiques pour faire de la publicité. D'après de nombreux experts, sur le très long terme, les actions constituent de loin le placement le plus rentable. Sur les dernières 25 années et en fonction des pays, le rendement moyen annuel des actions s'élève entre 13 et 20%, soit 6% de plus que les obligations. Mais à court terme, il est temps d'être sélectif et de bien diversifier ses placements. Car au cours des derniers mois, les marchés n'ont amené que des déceptions. Rappelons, en particulier la performance du Nasdaq, qui a dégringolé de près de 17% en un an. La Bourse de Tokyo a perdu près de 9% au cours de la même période et l'indice français du CAC40 un peu plus à 9,4%. L'indice SMI du marché suisse s'en tire avec une baisse de 7,4%. Bien sûr, quelques places financières ont amené d'heureuses surprises. Au Mexique, l'indice Bolsa affiche une hausse de près de 11% sur les douze derniers mois. L'indice IBEX en Espagne a, lui, gagné près de 7% et celui du Bovespa au Brésil près de 6%.

Malgré cette volatilité, les Suisses sont de plus en plus friands d'actions. Un tiers de la population helvétique en détient, selon une étude de l'Université de Zurich publiée en octobre dernier et à laquelle Martin Ebner s'est référé vendredi soir. Etonnamment, la Suisse se situe devant le Royaume-Uni et les Etats-Unis en terme d'actionnariat direct, en troisième position derrière l'Australie et la Suède (voir tableau). La majorité de ceux qui ont choisi d'investir en actions gagne de 15 000 à 20 000 francs par mois. Enfin, un tiers de la population alémanique est actionnaire, comparé à 23% de la population romande et 18% de la Suisse italienne. Une des raisons peut-être pour laquelle seul 0,5% de la population romande détient un compte auprès de la BZ Bank de Martin Ebner, comparé à 47% de la population à Freienbach dans le canton de Schwytz. Mais d'après le financier, le problème de sa banque auprès des investisseurs de Suisse romande est davantage lié à la langue. La clientèle romande préfère s'adresser aux banquiers en français plutôt qu'en allemand. Or, les employés de la BZ Bank ne le parlent pas assez bien.

Ambitions à Schwytz

Le manque de succès de la BZ Bank pour séduire des clients romands n'a pas l'air d'inquiéter Martin Ebner. Celui-ci a les yeux rivés outre-Sarine, notamment sur le canton de Schwytz dont les millions mal investis le turlupinent. Avec 460 millions de liquidités actuellement, le canton n'accroîtra ses avoirs qu'à 600 millions dans dix ans à un taux d'intérêt de 3%. En revanche, il pourrait en retirer 1,6 million au cours de la même période s'il décidait de les investir dans le marché des actions, avec une croissance annuelle moyenne de 13%. Or, plus d'un milliard de francs de plus-value signifierait des retombées financières de plus de 20 000 francs par foyer.

«Faut-il nous laisser faire?», déplore Martin Ebner. Avec une politique financière un peu plus prévoyante, non seulement les intérêts de la BZ Bank seraient mieux servis, mais ceux du canton de Schwytz aussi.