finance durable

En finir avec les préjugés

Le rapport de marché du forum FNG, association pour les investissements durables en Allemagne, Autriche et Suisse, montre une tendance bien établie et croissante. Avec une progression de 18% l’an dernier, le volume s’élève désormais à 71 milliards d’euros

Avec une progression de 18% l’an dernier, le volume des investissements durables a bondi dans la région Allemagne, Autriche, Suisse à 71 milliards d’euros. En Suisse, les volumes ont atteint un nouveau record à 49 milliards de francs. Ainsi, plus de la moitié du volume de marché est gérée par des gérants de portefeuilles suisses. Par ailleurs, 54% de ces avoirs se trouvent dans des portefeuilles institutionnels. Comparé à l’Allemagne et l’Autriche, où la part des investisseurs institutionnels s’élève à, respectivement, 77% et 81%, les investisseurs privés jouent un rôle bien plus important en Suisse, même si la part institutionnelle a progressé de 4% en un an.

Les raisons de la hausse du volume institutionnel méritent d’être éclaircies. De nombreux gérants de portefeuilles suisses font office de pionniers dans le domaine des investissements durables et peuvent s’appuyer sur des équipes internes expérimentées et des processus solidement établis. Ils séduisent non seulement une clientèle suisse mais, précisément dans les affaires institutionnelles, parviennent à s’imposer face aux concurrents européens. Du coup, en Suisse, une part importante du volume institutionnel provient de clients européens, par exemple des caisses de pension nordiques ou des fonds de prévoyance français.

Hormis quelques exceptions, les caisses de pension suisses n’ont effectué que de timides tentatives pour intégrer des aspects du développement durable dans leur politique d’investissement. Un des premiers pas favoris des caisses de pension suisses est la participation à un «Engagement-Pool» où, au nom d’un groupe d’investisseurs, un prestataire tiers dialogue et discute de propositions d’amélioration avec des entreprises sur des thèmes liés au développement durable. Suite à l’acceptation de l’initiative Minder, l’exercice actif des droits de vote – du moins pour les entreprises suisses – gagnera en importance, même s’il n’est pas encore clairement établi que l’obligation de vote concernera aussi les investissements collectifs. Mais l’intégration des aspects du développement durable dans le processus d’investissement reste encore l’exception. Elle intervient par exemple à travers l’approche Best-in-class ou la prise en compte systématique de critères environnementaux, sociaux et de gouvernance dans l’analyse financière. La méthode intégrée se concentre sur les opportunités et les risques de développement durable qui ont une influence substantielle sur les cours.

Depuis peu, les fondations d’utilité publique manifestent également un intérêt marqué pour les formes d’investissement durable. Le point de départ est souvent le souhait de faire correspondre les investissements avec les buts poursuivis par la fondation. En parallèle, l’idée selon laquelle les investissements durables n’impliquent pas un renoncement à la performance mais se traduisent par un rendement conforme au marché et même par une réduction des risques, s’impose de plus en plus.

Les vieux préjugés sont régulièrement mis à mal par un nombre croissant d’études scientifiques relatives au thème de la performance. A titre représentatif, citons ici une méta-étude publiée en février 2013 par la Haute Ecole Steinbeis à Berlin. Elle regroupe 195 études économiques avec des classes d’actifs et des horizons temporels radicalement différents. Parmi ces analyses, 31% montrent une correspondance positive tandis que 32% sont neutres. 30% des études pointent sur un résultat variable, c’est-à-dire positif dans certains domaines et négatif dans d’autres. Seulement 7% des études mettent en évidence un rapport négatif entre la prise en compte du développement durable et les performances.

Une majorité d’études attestent donc que les investissements durables permettent, en moyenne, de gagner tout autant que les investissements traditionnels. De plus, les investisseurs tirent un profit complémentaire: ils contribuent à un meilleur ancrage des principes du développement durable dans l’économie et réduisent ainsi également les risques à long terme. Dans ces conditions, il n’est guère étonnant que la tendance haussière observée reste stable.

* Responsable du développement durable, banque Vontobel,vice-présidente du Forum Nachhaltige Geldanlagen

Avec une progression de 18% l’an dernier, le volume des investissements durables a bondi

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