Matières premières

Le finlandais Neste «veut être encore plus durable»

Le groupe détenu à 50,1% par l’Etat finlandais emploie 50 personnes à Genève, pour 5000 au total. Jeremy Baines, chargé du trading et des ventes de produits pétroliers de Neste, explique pourquoi la société a rayé le mot «oil» de son nom

Neste veut être à la pointe des «carburants propres»

Biodiesel La société finlandaise, qui emploie 50 personnes à Genève, a rayé le mot «oil» de son nom

Le chef du trading de ce spécialistedu raffinageet des biocarburants s’en explique

On ne doit plus dire «Neste Oil», mais «Neste». Mi-juin, dans le hall de l’immeuble que la société d’Etat pétrolière finlandaise occupe à Vernier (GE), les plaquettes métalliques ont provisoirement été remplacées par des feuilles de papier.

Dans un français parfait, le Britannique Jeremy Baines décrit les enjeux du changement de nom du raffineur spécialiste des biocarburants et l’avenir qu’il voit dans le NEXBTL, un diesel renouvelable qui est le produit phare de l’entreprise. Jeremy Baines est chargé du trading et des ventes de produits pétroliers du groupe détenu à 50,1% par l’Etat finlandais et coté à la bourse. A ­Vernier, la société emploie 50 personnes (sur 5000 au total) qui s’occupent des ventes, de l’approvisionnement et du négoce des produits renouvelables et pétroliers du groupe aux 15 milliards d’euros de chiffre d’affaires annuel.

Le Temps: Cela fait des années que Neste vend du diesel renouvelable. Pourquoi avez-vous décidé de changer de nom maintenant?

Jeremy Baines: C’est vrai, Neste a toujours été leader dans les produits propres, que ce soit dans les essences sans plomb ou les diesels sans soufre. La direction a jugé que c’était le moment de communiquer plus fortement sur la valeur de nos produits. Au début – ce n’est pas un secret –, le marché des produits renouvelables était très difficile. Nous avons consenti à de lourds investissements, qui se révèlent de plus en plus rentables.

– Actuellement, le raffinage représente encore plus de 60% de votre chiffre d’affaires. Les produits renouvelables (12%) vont-ils un jour dépasser votre activité de raffinage?

– C’est aussi pour cela que l’on a changé de nom: cela témoigne de notre volonté d’être encore plus durables. Nous voulons par exemple trouver d’autres applications pour le NEXBTL (dans l’aéronautique, les solvants, les lubrifiants ou les plastiques), et en augmenter la production dans nos raffineries de Porvoo (Finlande), Rotterdam et Singapour, dans lesquelles nous avons investi au total près de 1,5 milliard d’euros ces dernières années. Pour l’heure, nous produisons 2,4 millions de tonnes de NEXBTL. Nous voudrions en produire 2,6 millions d’ici à fin 2016.

– Le NEXBTL se retrouve dans les véhicules européens et américains. Pourquoi pas en Suisse?

– Pour des questions de régulation. La Suisse exige de connaître le détail des types d’huiles contenus dans le NEXBTL. Neste peut garantir qu’il contient exclusivement des produits durables: dans chaque raffinerie, nous pouvons tracer chaque cargaison, remonter jusqu’au terrain d’où vient l’huile de palme que nous utilisons. Mais pour l’heure, il est encore trop difficile, dans nos raffineries, de ne pas mélanger les différents types d’huiles que nous utilisons. Cela ne convient pas à la Suisse, au contraire de l’Union européenne ou des Etats-Unis.

– Justement, l’huile de palme… Les ONG vous reprochent votre utilisation intensive d’huile de palme.

– Aujourd’hui, moins de 40% de notre NEXBTL contient de l’huile de palme. Plus de 60% des graisses que l’on emploie sont des déchets divers, comme de la graisse de poisson. En outre, toutes les huiles de palme que l’on utilise aujourd’hui sont durables et traçables.

– Qu’est-ce que de l’huile de palme «durable et traçable»?

– Durable, parce qu’elle vient de terrains où des palmiers poussent depuis longtemps, où les plantations ne posent pas de risques pour la biodiversité, où les droits des employés sont intégralement respectés, etc. Nous avons des critères très stricts pour définir quelles sont les terres durables pour la plantation. Traçable, parce que tous les camions transportant la matière première sont enregistrés via un bordereau. Que l’on peut suivre au moulin, dans les bateaux jusqu’à Rotterdam ou Singapour, dans les raffineries… C’est une condition sine qua non. Sinon, on ne pourrait pas prétendre faire des affaires dans les produits renouvelables. Nous avons été l’un des premiers, sinon le premier, à mettre en place un tel système. Notre mot d’ordre est d’être le «partenaire préféré pour les carburants propres». Et nous démontrons que nous pouvons le faire.

– Pourtant, en 2011, vous avez reçu le Public Eye Award, un prix qui «récompense» la pire multinationale en matière de droits humains et protection de la planète…

– Oui, ça a été un choc. Et nous n’avons pas compris pourquoi nous avions reçu ce prix. Sur l’ensemble du cycle de vie du NEXBTL, notre produit déploie entre 60 et 90% de moins de gaz à effet de serre qu’un carburant traditionnel.

– Plusieurs sociétés de négoce installées en Suisse se plaignent de la dégradation des fameuses «conditions-cadres» à cause des votations comme celle du 9 février ou de la réforme de l’imposition des entreprises. Est-ce votre cas?

– Certes, il y a peut-être un peu plus d’incertitudes qu’il y a six ou sept ans lorsque nous avons décidé de nous établir en Suisse. Mais le pays reste attractif pour son positionnement au cœur de l’Europe, son bassin de talents et la proximité avec les autres acteurs du secteur. Pour l’instant, nous n’avons pas d’inquiétudes et nous pourrions même encore étoffer un peu nos effectifs.

– La raffinerie de Collombey pourrait-elle rejoindre votre parc industriel?

– Non, je ne crois pas. C’est une raffinerie trop simple. Celle que l’on possède à Porvoo est l’une des plus compliquées d’Europe, un impératif pour fabriquer nos produits haut de gamme.

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