Cryptomonnaies

La Finma enquête sur une ICO à 100 millions de francs

Une société berlinoise est venue s’installer à Zoug pour lever des fonds entre fin 2017 et début 2018. L’investigation devra dire si elle a violé le droit bancaire. Ce n’est que le dernier épisode en date d’une ICO qui a mal tourné

C’est le dernier épisode de la saga d’une levée de fonds qui a mal tourné. Jeudi, l’autorité suisse des marchés financiers (Finma) a annoncé l’ouverture d’une enquête contre Envion. Cette société installée à Zoug avait lancé son ICO – procédé permettant de lever de l’argent en échange de jetons – entre fin 2017 et début 2018. Elle lui avait permis de récolter l’équivalent de près de 100 millions de francs pour financer son projet de conteneurs de transports utilisés comme fermes de minage (procédé par lequel les cryptomonnaies sont produites) mobiles.

Plus de 30 000 personnes avaient souscrit à cette ICO, parmi les plus importantes jamais réalisées. Or, d’après la Finma, il est possible que cette entreprise, initialement fondée à Berlin, ait violé le droit bancaire. Cela découlerait «d’une éventuelle acceptation, sans autorisation, de dépôts du public dans le contexte de l’ICO», explique le communiqué. Qui ajoute: «Les investigations de la Finma ont montré que, dans le cadre de son ICO, Envion SA avait accepté des fonds […] sous une forme comparable à un emprunt.»

Guide des bonnes pratiques

L’autorité s’est contentée d’un bref communiqué, prévenant qu’elle ne s’exprimerait plus jusqu’à la fin de l’enquête. On ne sait donc pas ce que risquent les responsables d’Envion dans cette procédure dite d’enforcement. La Finma a déjà enquêté sur d’autres ICO et a publié un guide pratique dans ce domaine.

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Avant même que cette investigation soit annoncée, les problèmes s’étaient déjà multipliés pour Envion. A peine l’ICO réalisée, son cours s’est effondré en février sur des rumeurs de fraudes: des jetons supplémentaires auraient frauduleusement été créés, puis revendus sur des places d’échanges de cryptomonnaies.

Bataille pour le contrôle

Ce n’est pas tout: une guerre interne avait commencé entre le directeur de la start-up et ses fondateurs, ces derniers l’accusant d’avoir pris le contrôle d’une partie de leurs jetons, refusé de les rendre, puis de les avoir dilués avec d’autres jetons. Le directeur s’est défendu en expliquant avoir pris le contrôle de l’entreprise pour protéger les investisseurs face à des fondateurs qui ne cherchaient qu’à s’enrichir. Leur conflit se joue désormais devant les tribunaux.

Envion avait pour ambition d’utiliser des conteneurs pour en faire des fermes de minage transportables en bateau dans le but de profiter des évolutions du prix de l’électricité. Ainsi, au lieu d’installer son système de minage dans une cave, il serait possible de le déplacer là où les prix de l’énergie sont les moins chers, le minage étant particulièrement gourmand en énergie. Envion visait particulièrement le solaire pour profiter de surcapacités temporaires.

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Enferrés dans leurs batailles, les fondateurs ont certainement très peu avancé dans leur projet, accusant d’ailleurs l’actuel directeur de les en empêcher. De leur côté, les investisseurs espèrent encore récupérer une partie de leur mise.

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