BSI est à vendre. Relayée depuis plusieurs jours par des médias anglo-saxons, l’information a été confirmée au Temps par plusieurs sources bien renseignées. Rachetée en juillet 2014 à l’assureur italien Generali par le groupe brésilien BTG Pactual (la transaction n’a été validée que le 15 septembre 2015 par la Finma), la banque privée tessinoise se cherche donc un nouveau propriétaire. Contactée jeudi, cette dernière n’a pas souhaité s’exprimer sur des «rumeurs».

Les déboires de son ancien actionnaire majoritaire (qui a cédé ses actions début décembre), le milliardaire brésilien André Esteves emprisonné le 25 novembre à Rio dans le cadre d’un scandale de corruption, et les craintes suscitées auprès de la clientèle depuis lors, seraient les causes de cette mise en vente. «Ils ont intérêt à vendre vite, très vite», souligne un banquier genevois.

Dans cette optique, BSI peut se targuer d’avoir été la première, et même la seule banque suisse d’envergure jusqu’ici, à être parvenue à un accord dans le cadre du programme américain. Le 30 mars, elle s’est vue infliger une amende de 211 millions de dollars par la justice américaine, ce qui lui a permis de régler le dossier de l’évasion fiscale.

Credit Suisse sur les rangs?

Conséquence: après Julius Baer, Intesa Sanpaolo ou encore des investisseurs chinois, ce serait au tour de Credit Suisse de se montrer intéressé par un rachat. Le groupe dirigé par Tidjane Thiam serait prêt à mettre 1 milliard de francs sur la table, a annoncé mercredi soir l’agence Reuters citant des sources proches du dossier. Contre 1,25 milliard de francs déboursés par BTG Pactual il y a trois mois. Contacté jeudi, Credit Suisse n’a pas davantage souhaité «commenter des rumeurs».

Si BSI devait à nouveau changer de mains, cela s’apparenterait à un échec non seulement pour la banque tessinoise, qui affichait 81,8 milliards de francs sous gestion fin juin, mais également pour la place financière suisse tout entière, estiment plusieurs observateurs. Et cela d’autant plus qu’André Esteves, qui a commencé sa carrière bancaire comme informaticien, n’était pas au-dessus de tout soupçon.

En 2012, il s’était déjà vu infliger une amende de 350 000 euros pour un délit d’initié en Italie. Cet été, un ex-employé de BTG Pactual – qui réclame 20 millions de dollars au groupe brésilien dans un procès à Hongkong – avait par ailleurs pointé du doigt les liens qui unissaient André Esteves à Mark Branson, directeur actuel de la Finma. Tous deux ont en effet siégé au sein du même comité directorial d’UBS, expliquait-il au Temps, ce qui, selon lui, représentait «un cas évident de conflit d’intérêts». Il revenait en effet à l’autorité de surveillance financière d’avaliser le rachat de BSI par BTG Pactual.

Au vu de la situation actuelle, la Finma aurait-elle dû s’opposer à la transaction? Le critère de la garantie d’une activité irréprochable auquel sont soumis les dirigeants d’un établissement acquéreur a-t-il été rempli? Contactée jeudi, l’autorité financière assure que «l’autorisation a été délivrée au terme d’une procédure soignée, comme toujours dans ces cas-là, explique un porte-parole. Et seulement après que tous les critères ont été remplis.» Ce dernier rappelle que BTG Pactual bénéficiait en outre de licences dans de nombreuses places financières internationales, telles que Londres ou Hongkong.

Désormais, la Finma souligne être en contacts étroits avec BSI au vu de la situation au Brésil. Et que, financièrement, celle-ci n’est pas exposée de manière importante au groupe BTG Pactual.