réforme bancaire

La Finma ne durcit pas ses exigences pour les fonds propres d’UBS et de Credit Suisse

La Finma exigera un ratio de levier de 4% pour Credit Suisse et de 4,6% pour UBS. La différence de traitement vise à mieux protéger les activités bancaires vitales pour la Suisse

La Finma ne durcit pas ses exigences pour les fonds propres d’UBS et de Credit Suisse

Réforme Le gendarme financier exigera un ratio de levier de 4% pour Credit Suisse et 4,6% pour UBS

La différence de traitement vise à mieux protéger les activités bancaires vitales pour la Suisse

Lâchée au détour de la célé­bration du jubilé du parti bourgeois-démocratique à Coire, la ­petite phrase avait mis en état de choc les cercles bancaires. Le lestage de leur bilan imposé par les autorités à UBS et Credit Suisse? ­Insuffisant, avait lâché Eveline ­Widmer-Schlumpf sur ses terres grisonnes le 2 novembre dernier. Avant d’appeler à ce que les deux banques aient en soute entre 6 et 10 francs de fonds propres pour chaque prêt de 100 francs accordé; soit bien davantage que le «ratio de levier» de 4,2% actuellement imposé. Des propos fraîchement accueillis. Par la bourse. Par le patron de Credit Suisse. «Beaucoup a déjà été fait», lançait Brady Dougan en guise de réponse, quatre jours plus tard, lors d’une visite à Lausanne.

La Finma, l’autorité de tutelle du secteur, a dévoilé mercredi les nouvelles exigences qui seront ­imposées, à partir de 2019, aux deux groupes financiers considérés comme trop gros pour pouvoir être abandonnés à la faillite par l’Etat – dits «too big to fail». En se basant sur son état financier à la fin de 2012 – un décalage dicté par les délais de la Finma –, Credit Suisse serait forcé de mettre de côté 4 francs de fonds propres pour ­chaque prêt de 100 francs accordés. Chez UBS, ce «levier» minimal aurait été de 4,6% en 2012. Il y a quelques jours, lors de la présentation de leurs résultats sur les trois premiers mois de l’année, Credit Suisse a indiqué que son «ratio de levier» atteignait déjà 3,7% quand UBS disait avoir lesté ses engagements à hauteur de 3,8%. Ces exigences des autorités de surveillance restent donc loin des souhaits automnaux de la conseillère fédérale chargée des Finances.

Les autorités ont mis en place un second garde-fou à respecter. Celui des fonds propres contrebalançant les différents prêts et investissements de la banque – chacun soupesé au trébuchet du risque qu’il est censé faire encourir à l’établissement. A l’aune de ce critère plus pointu, le lestage en capitaux propres devra atteindre, dans cinq ans, 19,2% des engagements chez UBS et 16,7% chez Credit Suisse.

Comme le reconnaît l’autorité de surveillance, «il faut s’attendre» à ce que, en 2019, ses exigences soient «plus basses» que les seuils indicatifs édictés mercredi. Et ce, en raison du changement de physionomie – bilans plus maigres, recentrage des activités – des deux géants au sortir de la crise financière la plus grave depuis les ­années 1930. Pas vraiment une camisole de force pour deux multi­nationales, dont l’une a nécessité un sauvetage étatique il y a moins de six ans. Leurs actionnaires ne s’y sont pas trompés: mercredi, l’annonce de ces dispositions aura à peine fait ciller le cours de bourse. En novembre, les propos d’Eveline Widmer-Schlumpf les avaient envoyés au tapis.

La différence du traitement réservé aux deux banques paraît to­talement contre-intuitive. Le communiqué de la Finma insiste en effet sur le fait que la moindre exigence en capital à laquelle fait face Credit Suisse reflète une «part de marché sensiblement plus faible dans le domaine des opérations de crédit en Suisse». UBS, la banque ayant tranché dans ses activités exotiques de «banques d’affaires» – à l’origine du gouffre ouvert par le choc des «subprime» – serait donc punie pour son recentrage sur la Suisse? C’est ne pas comprendre l’esprit du législateur, rétorque un fin connaisseur de la réglementation bancaire. Les autorités veulent «protéger» et non pas punir les activités les plus vitales pour le pays – le crédit aux PME, les moyens de paiement. Or, aux yeux de Berne, ce sont ces dernières qui portent en elles le plus grand «risque systémique» pour la Suisse. Pas celles menaçant le client américain. Pas celles à même de déclencher une crise financière mondiale.

Le poids de ce parachute pourrait cependant devenir encombrant. «Cette méthode basée sur les parts de marché en Suisse induit des effets indésirables», rétorque Loïc Bhend, spécialiste du secteur bancaire au sein de Bordier & Cie à Genève. «Dans ce cas-là, il suffirait à UBS de réduire ses financements aux PME suisses pour ne pas avoir à augmenter ses fonds propres», souligne l’analyste. A l’inverse, la première banque du pays «pourrait continuer de développer ses activités de gestion de fortune sans devoir trop augmenter son capital», poursuit ce dernier. Avérée, cette prédiction irait à l’opposé de la stratégie derrière laquelle se sont rangés les responsables politiques suisses. Ne pas découper les mastodontes bancaires au chalumeau. Mais les conserver intacts en les soumettant à un carcan recentré vers la Suisse.

«La méthode pourrait avoir un effet indésirable: réduire les financements d’UBS aux PME helvétiques»

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