Banque

La fintech ne conduira pas à une atomisation du secteur financier

Après une phase initiale de multiplication des projets émanant de start-up, une consolidation interviendra dans la branche, anticipent des experts réunis lors d’un séminaire de l’ASB

La numérisation a déjà bouleversé l’industrie de la musique, le secteur de la presse et pourrait faire de même pour la mobilité et les transports. Partant de ce constat, Salvatore Iacangelo, directeur responsable des activités de gestion de fortune numérique et en charge du changement stratégique chez Credit Suisse, a passé en revue les implications de la numérisation pour le secteur financier, à l’occasion d’un séminaire organisé par l’Association suisse des banquiers mardi à Berne.

Fossé entre générations

Pour illustrer ce changement, il a comparé les profils de trois personnalités fortunées emblématiques de leur époque. S’agissant de l’«ancien monde», il cite l’exemple de Liliane Bettencourt, héritière de L’Oréal, dont l’essentiel de la fortune provient d’un héritage. Elon Musk, connu surtout pour avoir fondé le fabricant de véhicules électriques Tesla Motors, symbolise, lui, le «nouveau monde» des personnes qui ont fait fortune par elle-même. Tout comme Nick D’Aloisio, créateur à 15 ans de la start-up Summly qu’il a revendue à Yahoo!, qui représente, lui, la clientèle du «prochain monde».

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Cette différence de génération se traduit par des approches entièrement opposées dans la manière d’utiliser les services financiers. Pour les représentants de celle de Liliane Bettencourt, les transactions s’effectuaient uniquement via une banque, alors qu’elles le sont principalement via des non-banques s’agissant d’Elon Musk. Et si la première déléguait une grande partie ses décisions de placement, le second réalise lui-même la plupart de ses transactions. «Pour gérer leurs avoirs, les personnes fortunées de la génération d’Elon Musk s’adressent encore à des banques – mais pas seulement», souligne Salvatore Iacangelo, qui ajoute que l’on ne sait encore rien du comportement qui sera adopté par Nick D’Aloisio en matière de placements.

Un écosystème plus complexe

Outre les banques, le nouvel univers des services financiers inclut des communautés ou forum au sein desquels les internautes échangent leurs vues, des robots-conseillers ainsi que des start-up et sociétés technologiques non bancaires. Faut-il pour autant s’attendre à une diversification toujours plus grande des acteurs au sein des services financiers? «La disruption est en cours au sein du secteur mais l’on n’assistera pas une atomisation au sein de la branche. Une consolidation aura lieu dans une deuxième phase», anticipe l’expert de Credit Suisse.

Falk Kohlmann, directeur de la boîte à penser e-foresight chez Swisscom, observe une multiplication des projets dans notre pays. Il chiffre à 180 le nombre de start-up actives dans les fintech en Suisse. Un univers qui se répartit principalement entre la gestion d’actifs ou d’investissement (43 start-up), les portails comparatifs et informatifs (29), les services de paiement (27), les plateformes de financement participatif (30) ou les cryptomonnaies (27).

Autre tendance constatée: les coopérations avec des sociétés établies se multiplient. Il cite par exemple la société de facturation Advanon avec la Hypothekarbank Lenzburg, le site de finance personnelle Qontis avec la BC de St-Gall ou encore le robot-conseiller pour investisseurs institutionnels InvestGlass qui collabore avec différentes sociétés d’investissements.


80% des start-up disparaissent

Sur ces 180 sociétés, combien d’entre elles existeront encore dans cinq ans? Falk Kohlmann observe que dans d’autres domaines – non financiers – environ 80% des start-up échouent. Toutefois, selon l’expert, les start-up actives dans la fintech peuvent aussi miser sur d’autres solutions, notamment la coopération avec des établissements existants, une internationalisation de leurs services, même si cela reste souvent difficile, ou la vente de leur société.

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