La «fintech» ne fera pas disparaître

le contact direct avec les clients

Banque La finance en ligne transforme les modèles d’affaires

Face à l’essor des «fintech», contraction de finance et technologie, aura-t-on encore besoin de filiales bancaires à l’avenir? Michael Auer, vice-président de la direction désigné de Raiffeisen Suisse, en reste convaincu: «La relation avec un conseiller reste nécessaire quand le client doit prendre des décisions émotionnelles, comme lors de la souscription d’une hypothèque ou en matière de prévoyance», a-t-il estimé lors d’un séminaire de l’Association suisse des banquiers consacré à la transformation numérique qui a eu lieu mardi à Berne.

Hanspeter Rhyner, directeur de la Banque Cantonale de Glaris (GLKB), a opté pour une approche très offensive en lançant deux plateformes en ligne Hypomat.ch (hypothèques) et Investomat.ch (gestion de portefeuille). Selon lui, il existe encore un important potentiel de développement dans les placements ou des produits d’épargne. L’activité de gestion de fortune est-elle à son tour menacée par l’essor de la finance numérique? Pour Michel Juvet, associé chez Bordier & Cie, «la gestion de fortune ne se limite pas à la seule gestion de portefeuille». Beaucoup de questions, comme la planification des successions, ne peuvent pas être traitées avec des modèles mathématiques, juge le banquier genevois. Malgré tout, il constate que la nouvelle génération met davantage l’accent sur des aspects comme un accès très rapide à l’information, et moins sur les notions de sécurité ou de confidentialité.

Quelles sont les chances de la Suisse dans les technologies financières? Pour Christina Kehl, cofondatrice de Knip, une plateforme d’assurances en ligne, les gagnants de la transformation en cours seront les sociétés «qui maîtriseront le mieux le langage numérique». Elle observe que les start-up du secteur financier, en raison de la réglementation complexe de cette branche, dépendent beaucoup des banques et hésitent à les concurrencer de front.

Changer les mentalités

Les experts s’accordent sur le fait que la technologie n’est pas le seul facteur. «Il faut investir dans des logiciels, dans des produits et dans le marketing», a souligné Hanspeter Rhyner. Faut-il alors surtout changer les mentalités? Andreas Kubli, responsable de la numérisation chez UBS, est convaincu que les projets «fintech» doivent avoir l’appui de la direction pour réussir. Ils doivent aussi pouvoir s’appuyer sur un «écosystème»: «Pour créer une application mobile bancaire, 25% des coûts sont à l’interne, 75% sont attribuables à des partenaires externes», illustre-t-il. Les banques ont donc aussi intérêt à pouvoir compter sur des partenaires à la pointe en termes de technologies.