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La fintech Smex veut faciliter la vie des frontaliers

La start-up genevoise va lancer une plateforme permettant de convertir son salaire en euros, sans passer par une banque. En se basant sur la blockchain, Smex espère s’imposer dans l’échange low cost de devises

Diane est frontalière. Résidente en Haute-Savoie, elle exerce son métier de photographe indépendante dans la région genevoise. Chaque mois, elle se rend à la banque pour convertir son salaire en euros et payer ses frais courants. «La dernière fois, j’ai obtenu 910 euros pour 1000 francs. C’est l’un des meilleurs taux que j’ai eus.» Soit 10 euros de moins qu’avec le taux interbancaire. D’ordinaire, la commission des intermédiaires s’élève à 3-4%.

Comme les 104 000 frontaliers du canton de Genève, Diane perd donc une partie de son salaire dans les commissions bancaires. «Entre la commission sur le taux de change et les frais fixes, les coûts peuvent atteindre 90 euros pour un virement de 5000 francs», dénonce la start-up genevoise Smex. Elle lance cet été une application de transfert, Smex City, permettant d’échanger des devises sans avoir à se déplacer dans une banque.

Trente comptes IBAN pour une carte

Concrètement, la plateforme se base sur le taux interbancaire plus une commission de 0,5% pour facturer les transactions. «Ce type de service est normalement offert par des banques. Mais une approche fintech peut diviser les coûts par 10 ou 20», soutient Arnaud Salomon, cofondateur de Smex et diplômé de l’EPFL. Les virements pourront être automatisés, par exemple sur une base mensuelle.

Dans un deuxième temps, la plateforme évoluera en Smex World. Une sorte d’agrégateur de l’offre et de la demande pour les différentes devises, que les algorithmes permettront de «matcher» (relier). Les versements, garantis par la blockchain, seront effectués directement sur le compte dédié de l’utilisateur du service Smex World, relié à une carte de crédit courante et décliné en 30 numéros IBAN, pour autant de devises. «A terme, nous voulons que notre plateforme devienne une sorte d’Airbnb du crédit, image Arnaud Salomon. Il deviendra possible d’y souscrire des prêts ou de mettre son épargne à disposition.»

Licence bancaire «light»

Mais avant de se convertir en banque en ligne, Smex devra convaincre le régulateur. La Finma, l’autorité fédérale de surveillance des marchés financiers, développe actuellement une licence bancaire «light», qui permettrait aux fintechs de développer des services sans avoir les mêmes exigences que les banques, notamment en termes de fonds propres. Le projet devrait aboutir dans un an ou un an et demi.

«Trop lent» pour Arnaud Salomon, qui espère mettre à disposition l’application Smex City en version bêta dès le mois d’août. «Pour cette première phase, nous n’aurons pas besoin de licence puisque nous ne prendrons pas d’argent en dépôt. Notre concept de banque en ligne est celle d’une banque «déleveragée», qui ne touche pas à l’argent de ses clients», explique l’ancien trader Arnaud Salomon.

Une «licorne» sur le marché

Mais Smex City ne sera pas seule sur le marché des taux de change. Leader du secteur, la société britannique Transferwise a développé en 2011 déjà une plateforme permettant d’équilibrer, par l’intermédiaire des particuliers eux-mêmes, l’offre et la demande d’une devise donnée. Valorisée à plus de 1 milliard de dollars, cette «licorne» a enregistré une croissance de 150% par an. Ses services sont aussi disponibles en francs suisses.

Plus proches de chez nous, les sociétés b-Sharpe et Telexoo, basées à Genève, se profilent aussi auprès des travailleurs frontaliers et des PME. La première revendique «d'environ 4000 clients frontaliers et entreprises» et une croissance de «80-100%» pour 2017. La seconde annonce – par l’intermédiaire de son fondateur Michael Desforges – gérer «environ 40 millions de francs de volume de change mensuellement». Sur ses 3300 clients, 2800 sont frontaliers.


Pénurie de codeurs

Dans le milieu de la finance, tout le monde en parle. La blockchain est communément appelée à rebrasser les cartes dans le secteur bancaire. Pourtant, sur le marché du travail, rares sont ceux qui disposent réellement des compétences pour écrire les lignes de code d’un contrat intelligent (smart contract) ou importer cette technologie à l’interne. C’est ce que semble indiquer l’analyse des données de la plateforme LinkedIn, effectuée par le Financial Times. Les offres d’emploi liées à la blockchain ont été multipliées par trois depuis l’année dernière. Il y en avait plus de 1000 sur son site cette semaine. Avec, pour conséquence, des salaires qui prennent l’ascenseur.

Selon Jerry Cuomo, vice-président de la multinationale américaine du matériel informatique IBM, les meilleurs ingénieurs en blockchain peuvent demander un salaire annuel supérieur à 250 000 dollars (environ 240 000 francs). «C’est dans la tranche haute de ce qu’un talentueux consultant ou un ingénieur informatique peut gagner», explique-t-il dans le Financial Times. Des revenus proches de ceux distribués dans les secteurs de l’intelligence artificielle ou de l’informatique en nuage.

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