La grand-messe annuelle des services financiers a ouvert ses portes lundi à Genève. Le congrès Sibos, organisé par la plateforme d’échange d’informations financières Swift, se tiendra jusqu’à jeudi à Palexpo. Il devrait attirer quelque 9000 visiteurs de plus de 200 pays.

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Sur place lundi matin, le Conseiller d’État en charge de l’économie Pierre Maudet, qui a œuvré pour que Sibos revienne à Genève (la dernière fois c’était en 2002), ne cachait pas sa satisfaction. Selon lui, les retombées économiques pour le canton devraient se chiffrer entre 30 et 40 millions de francs. «Il y a l’aéroport, qui a accueilli 6000 participants rien que dimanche, les hôtels, les restaurants mais aussi Palexpo pour qui l’événement est sans aucun doute l’un des plus importants de l’année», a-t-il expliqué juste après le discours d’ouverture.

Un discours d’ouverture qui est revenu à Thomas Jordan. Face à un parterre de 2400 personnes, le président de la Banque nationale a vanté une Suisse réputée pour sa stabilité mais aussi pour sa capacité à se montrer innovante. Il a mentionné la «Crypto Valley» de la région zougoise, où il est possible aujourd’hui de payer certains services administratifs en monnaies virtuelles, ainsi que la possibilité de retirer de l’argent au bancomat à l’aide de son seul téléphone portable.

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Thomas Jordan, qui a rappelé que les banques centrales étaient elles aussi concernées par les évolutions technologiques, a néanmoins estimé que les intermédiaires financiers n’étaient en aucun cas voués à disparaître. Que ce soit les banques comme les banques centrales.

Secouer la place genevoise

Les grands acteurs de la finance sont d’ailleurs tous présents à Palexpo: UBS, Credit Suisse, BNP Paribas, JPMorgan, Wells Fargo ou encore Barclays pour ne citer qu’eux disposent tous de leur propre stand dans la grande halle genevoise. Quant aux visiteurs, ils sont davantage adeptes du costume cravate que du tee-shirt/basket propre à la Silicon Valley.

N’en demeure pas moins que cette 39e édition de Sibos fait la part belle aux fintech, ces sociétés souvent jeunes et actives dans les technologies financières. Sur les quelque 200 exposants, on retrouve ainsi 24 start-up financières suisses triées sur le volet.

Pour Pierre Maudet, il s’agissait d’occuper le terrain des fintechs et de mobiliser les banques genevoises qui ne sont pas forcément les plus enclines à l’innovation. «Elles ont tendance à se montrer attentistes et à voir comment les autres se profilent avant d’avancer», concède-t-il. C’est pourquoi j’ai essayé de donner un petit coup de fouet à cette place financière.» A l’écouter, le procédé fonctionne: «Il y aura de nombreux événements liés aux fintech ces quatre prochains jours à Genève, se réjouit-il. Et pas seulement à Palexpo.»

L’émergence d’un écosystème

En réalité, c’est tout un écosystème autour des fintech qui prend forme en Suisse depuis deux ans: les événements se multiplient tandis que des associations et des accélérateurs qui permettent aux start-up de se développer plus rapidement voient le jour. Le pays compte ainsi plus de 200 fintech aujourd’hui contre une dizaine en 2010.

Cette profusion n’empêche toutefois pas que des obstacles demeurent. Outre un accès au financement plus compliqué et une réglementation souvent jugée moins «pro business» qu’à Londres ou aux Etats-Unis, les entrepreneurs de la fintech doivent faire face à une certaine frilosité de la part des banques suisses. A Sibos, il n’y avait guère qu’UBS, Credit Suisse, BCGE et J. Safra Sarasin pour les représenter.

Pour Johann Gevers, fondateur de Monetas, une société basée à Zoug et active dans les monnaies virtuelles, les banques auraient pourtant tout à gagner avec les fintech. «Une étude de Santander chiffre les économies à plus de 20 milliards de dollars par année», a-t-il indiqué lors d’un panel consacré à la place suisse. Et de poursuivre: «Prenez les transactions qui ne rapportent plus rien aux banques aujourd’hui. La crypto finance va leur permettre de ne plus s’en occuper et d’allouer des ressources à d’autres domaines bien plus rentables.»

Un avis partagé par Eric van der Kleij. Le fondateur de l’accélérateur de fintech londonien Level39, qui est désormais conseillé spécial pour l’accélérateur zurichois Kickstart, a en outre rappelé que dans la Silicon Valley, Apple et Google ne faisaient plus vraiment de grandes innovations. «Elles les achètent à des start-up, a-t-il expliqué. Et je crois que c’est ce qui va arriver avec les banques.»

Aversion aux risques

Pour l’heure, le soutien des banques suisses, et des banques privées en particulier, est loin d’être acquis, à en croire les spécialistes présents à Palexpo.

Invitée au «swiss corner», la start-up zurichoise Squirro compte Wells Fargo et d’autres grandes banques internationales parmi ses clients. Mais nulle trace d’une banque suisse pour le moment. «Elles sont certainement moins disposées à prendre des risques», avance l’un de ses représentants à Palexpo.

Le constat est le même sur le stand d’eWise, juste à côté. La société d’origine américaine, installée à Nyon (VD) depuis trois ans pour percer sur le marché européen, permet d’agréger un nombre illimité de comptes bancaires sur une seule et même interface. «L’adoption des fintech en Suisse est un peu plus lente que dans le monde anglo-saxon, reconnaît la responsable du marketing Lucile Mathe. Mais c’est aussi une certaine forme de sécurité», poursuit-elle tout en se félicitant qu’une première banque privée suisse teste actuellement la technologie eWise. Et cela avant même le début du congrès Sibos.

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