Fiona Frick, à la tête d’Unigestion depuis six ans, a inscrit la société dans une logique d’expansion. Cette boutique spécialisée dans la gestion d’actifs financiers, avec 20,6 milliards de dollars sous gestion, a pratiquement doublé ses actifs sous gestion en 5 ans. Les effectifs se sont accrus d’une dizaine de personnes par an pour atteindre un peu plus de 200 aujourd’hui principalement à Genève et à Londres. Cette dernière est le deuxième principal site d’Unigestion, après Genève. Ses effectifs sont passés de 20 à 50 personnes en 18 mois compte tenu du vivier de talents. «Si nous voulions engager des talents londoniens, il fallait pouvoir leur trouver un lieu de travail à Londres», commente Fiona Frick.

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«L’ambition, c’est de continuer à investir et de faire croître nos coûts au même rythme que nos revenus et notre masse sous gestion», explique-t-elle. Le Brexit n’est pas, à son avis, une opportunité pour Genève parce que la Suisse est dans la même situation que l’Angleterre, hors du marché unique Européen.

Changement du modèle d’affaires

La boutique genevoise a changé de modèle d’affaires. Elle n’est plus principalement un gérant de fonds de hedge funds comme dans les années 2000 mais a adopté un modèle plus hybride avec une répartition de sa masse sous gestion entre les actions, la gestion alternative, le «Private Equity» et la gestion multi-actifs. Dans le cadre de la gestion alternative, Unigestion développe elle-même des solutions de hedge funds directs qu’elle combine avec un choix de hedge funds extérieurs. Si autrefois 100% des actifs en gestion alternatifs étaient délégués auprès de hedge funds extérieurs, cette part ne représente aujourd’hui plus que 20%, les 80% qui restent étant investis au travers des produits internes d’Unigestion.

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Ce choix traduit un constat. Les avancées technologiques et la recherche académique ont permis de mettre en avant le fait qu’une partie de la valeur ajoutée (alpha) attribuée aux professionnels de gestion est liée à une exposition à des facteurs de risque de marché. Si le gérant est investi sur ces facteurs de risque, il en profite, sinon il n’en profite pas. Il incombe par contre à des gérants comme Unigestion de comprendre quels sont les facteurs de risque qui conduisent à de la performance et à quel moment. «Nous lions notre approche gestion en facteurs de risque à une analyse macroéconomique», explique Fiona Frick.

Mouvements abrupts dans les matières premières

Dans un environnement de reprise économique, avec une normalisation des politiques budgétaire, Unigestion privilégie les stratégies systématiques long/short en actions. Face aux tensions géopolitiques, les stratégies dites «global macro» ont également les faveurs du gérant genevois. «Nous pensons qu’il y aura des mouvements abrupts dans les monnaies et les matières premières compte tenu des risques géopolitiques et des retombées commerciales négatives qui pourraient en découler», pense Fiona Frick.

La livre va-t-elle encore baisser? Le dollar s’apprécier? «Les prévisions sont toujours difficiles, car les relations ne sont pas binaires, mais extrêmement complexes avec une interdépendance constante des divers acteurs», explique la directrice d’Unigestion. «Donald Trump pourrait être à l’image du sucre, agréable à court terme, mais nocif à long terme. S’il remet en question les contrats commerciaux, les effets nets pourraient être négatifs», indique-t-elle.

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Après des marchés financiers conduits par les banques centrales, c’est la croissance réelle qui donnera le ton, mais celle-ci demeure fragile. «Dans une période où les taux d’Intérêt sont bas et les actions bien valorisées. Il faudra être plus habile et plus actif pour construire de la performance», selon Unigestion. La gestion alternative répond bien à ce besoin. Elle est certes pénalisée par les coûts de toute gestion active, si on les compare à ceux des ETF. Mais «les investisseurs ne réalisent pas qu’une gestion indicielle comporte des risques, et que ceux-ci changent avec le temps. Les indices par définition son chers puisque les principaux indices sont construits en fonction de l’évolution des capitalisations des entreprises. Plus un titre monte, plus son poids dans l’indice augmente».

Un des moteurs de performance d’Unigestion est la gestion du risque. La société entend maîtriser cet art. «Pour performer sur le long terme, il faut savoir gérer son risque, quitte à sous-performer lors d’une très bonne année boursière», explique Fiona Frick. Il faut définir les risques que l’on veut prendre parce qu’on pense qu’ils ont un potentiel de gain et minimiser les autres». Plus de 90% de ses fonds dépassent le rendement de l’indice de référence depuis leur création avec un risque de baisse moindre.

Unigestion ne croit pas à la pure gestion quantitative. Pour Unigestion, la gestion est un art qui doit mélanger les technologies, les sciences mathématiques avec l’expertise et le bon sens du gérant. «La machine technologique sans l’humain n’est pas la solution», affirme Fiona Frick. Unigestion préfère marier les capacités d’analyse poussée offerte par la technologie, avec l’art du gérant à poser les bonnes questions. La société essaie de mettre en place des processus de gestion systématique mais supervisés par des experts qui s’assurent que ces modèles restent valables en tout temps.

Risque de correction

«Notre métier n’est pas tant les prévisions à court terme de marché, mais la construction de portefeuilles pour qu’ils soient capables de supporter toutes sortes de scénarios de marché», explique-t-elle. Le gérant actif, c’est, à son avis, un marin qui part en croisière et se prépare à affronter tous les temps possibles. L’objectif est d’éviter une perte majeure en cas d’accident de marché. «Sur le long terme, si vous faites attention vous arriverez les premiers. Finalement nous sommes des marathoniens», conclut-elle.

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La directrice d’Unigestion prévoit une phase de «reflation» donc une croissance plus forte et une hausse de l’inflation. L’équilibre entre une croissance suffisante et une inflation maîtrisée a de tout temps été difficile. C’est cet équilibre que dictera à la politique monétaire et le fait qu’elle reste accommodante ou pas. Dans ce contexte incertain, «le risque est plus élevé qu’on ne le pense sur le marché financier», selon Fiona Frick. Les baisses peuvent être rapides et sensibles. «Le genre d’accidents tels que janvier ou juin 2016 auront tendance à se reproduire ces prochains mois», avertit la directrice.