C’est une première au Cameroun, plus particulièrement pour les habitants de Pimbo, une petite localité de la région du Littoral, dans le sud-ouest du pays. Ils ont signé, fin juillet, un contrat de partage de bénéfices avec Firmenich, qui pourrait transformer leur niveau de vie. Le géant genevois d’arômes et de fragrances engagera des recherches en vue de l’exploitation et de la commercialisation des extraits de deux plantes indigènes qui poussent dans les forêts avoisinantes.

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Dans un pays, voire dans le continent africain où le pillage de la biodiversité par des centres de recherche et multinationales, notamment pharmaceutiques, est courant, le partenariat avec Firmenich a été salué au plus haut niveau politique. L’entreprise suisse et la communauté de Pimbo ont déjà convenu de certains projets de développement pour la période allant 2021 à 2024. Ces derniers comprennent des activités devant contribuer directement à l’amélioration des moyens de subsistance des villageois, avec un accent particulier sur les femmes.

La «mbongo’o», un antidote à l’obésité

Les détails de l’accord ne sont pas dévoilés. Firmenich n’a pas voulu non plus révéler les noms des plantes de Pimbo qu’elle entend exploiter. Selon nos informations, il s’agit en premier de la «mbongo’o», dont la tige peut monter jusqu’à 4 mètres et dont les fruits prennent la forme de capsules ovales contenant de petites graines. Celles-ci sont séchées, moulues et consommées comme épice dans plusieurs plats nationaux. Elles ont également des propriétés médicinales, notamment contre la tension artérielle, et sont également considérées comme un coupe-faim, un produit recherché pour lutter contre l’obésité. Puis en second, il s’agit du «hiomi», un arbre qui peut atteindre jusqu’à 35 mètres de haut. Son écorce séchée et moulue, qui dégage une forte odeur d’ail, est également utilisée comme épice. Sa tisane traite la constipation et autres maux de ventre.

L’accord entre la multinationale suisse et les Camerounais a été possible dans le cadre du Protocole de Nagoya, qui porte sur «l’accès aux ressources génétiques et le partage juste et équitable des bénéfices de leurs exploitations». Il a été signé en 2010 pour lutter contre la biopiraterie et le vol des connaissances traditionnelles dans les pays du Sud. Douala l’a ratifié en 2016, mais il est entré en vigueur seulement le 9 juillet, à temps pour permettre la signature de l’accord avec Firmenich. La presse camerounaise parle d’autres contrats gagnant-gagnant avec des entreprises étrangères du fait le pays est très riche en biodiversité, avec au moins 8000 plantes endémiques.

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«Nous sommes engagés sur le potentiel de la biodiversité depuis plusieurs années, affirme Firmenich dans une note écrite au Temps. Nous avons rendu publique une «déclaration de principes» sur la question, ce qui explique les liens forts qui existent entre nos activités et la biodiversité dont les aspects réglementaires sont liés au Protocole de Nagoya. Notre stratégie ESG (environnement, social et gouvernance) qui couvre la période 2025 à 2030 démontre notre engagement dans ce domaine.» Et de préciser qu’au Cameroun, «les recherches couvrent de nombreux champs d’application pertinents pour notre activité. Certains de nos travaux de recherche s’inscrivent dans une perspective de long terme. Notre objectif est de renforcer notre connaissance de la nature et des ingrédients naturels.» L’entreprise suisse fait également savoir qu’elle a déjà eu plusieurs permis d’accès liés aux lois nationales transposant le Protocole de Nagoya, notamment en Afrique du Sud.