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L’adéquation fiscale porte le regard sur la performance après impôts.
© Lucas Jackson/Reuters

Fintech

Fiscalité : l’ère du pilotage à vue est terminée dans la gestion de fortune

Le but est de se centrer sur la technologie simplement pour remettre les compétences humaines en matière d’allocation d’actifs au centre des préoccupations de la banque, écrit Sergio Uldry

Albert Einstein disait que si on lui laissait une heure pour résoudre un problème, il passerait 55 minutes à réfléchir à la question et 5 minutes à penser à la solution. Il y a beaucoup de sagesse à cela, surtout quand il y a des effets de mode: l’erreur à ne pas commettre en matière de «financial technology» – en abrégé fintech – consisterait d’abord à acheter un service «miracle» et à se poser ensuite seulement la question du problème que l’on veut résoudre avec.

Cette inversion de la logique ne comporte pas trop de risques pour les acteurs du monde de la finance, pour autant qu’ils investissent dans des systèmes relativement mûrs et standardisés, par exemple un robot-gérant qui suivrait des algorithmes, parfois simplistes, typiquement basés sur la théorie traditionnelle du portefeuille. Il y a en effet un «business case» bateau pour la fintech: attirer des investisseurs, si possible plutôt jeunes, désireux de tout faire via leur tablette ou leur smartphone. Certes, il sera difficile de se tromper sur le principe. Mais à faire comme tout le monde, le retour sur investissement sera médiocre: on sera fondu dans la masse et donc largement invisible pour cet investisseur.

L’adéquation fiscale

Par contre, porter une attention suffisante à l’impact fiscal de chaque investissement pour chaque client de chaque pays est un enjeu majeur pour tout gérant de fortune. Cet aspect, qu’on appelle l’adéquation fiscale, est devenu la différence entre une performance raisonnable et une performance médiocre, voire une perte de valeur. On sait désormais que ce qui compte est la performance après impôt, et lorsque la charge fiscale dépasse facilement 35% du revenu (voire 70% en cas d’erreur), on ne peut plus se permettre de faire prendre des risques fiscaux inconsidérés aux clients, particulièrement dans le cadre de la gestion conseillée.

Dans ce domaine, comme partout ailleurs, les logiciels miracles ou autres algorithmes prédictifs n’existent pas. Pour être viable, une solution doit donc partir d’un bon énoncé du problème et de ses impacts. Les caractéristiques fiscales ne sont sans doute pas le facteur principal dans une décision d’achat, mais elles sont sûrement un facteur primordial dans la décision de ne pas acheter. Il faut aussi constamment se rappeler que le fait que des Etats étrangers aient consenti à une régularisation du passé pour les clients de banques suisses ne veut absolument pas dire qu’ils vont dorénavant renoncer à la taxation des revenus financiers de leurs contribuables, bien au contraire!

Surtout, la «mayonnaise» entre la gestion de fortune et la fiscalité des portefeuilles n’a pas encore pris: avec l’explosion de la complexité des données à traiter dans ce cadre, il est devenu irréaliste de demander aux analystes et/ou aux gérants d’identifier les produits fiscalement toxiques «de tête», avec une feuille de calcul ou a fortiori le crayon et la calculatrice. Dans un monde toujours plus rapide et complexe, l’ère du pilotage à vue est bel et bien terminée.

Un objectif de performance après impôts

Avant de prétendre se propulser dans l’ère de la «tech» et du big data, il faut: a) disposer de manière automatisée de l’information sur les contraintes fiscales par produit et par pays; b) s’assurer que les investissements répondent bien à toutes les contraintes; c) reconstruire des portefeuilles efficients qui répondent simultanément aux contraintes fiscales et opérationnelles, l’objectif étant la performance après impôts; sans oublier de penser à facturer (ou non) au client des frais pour ce service à haute valeur ajoutée.

Affronter cette nécessité ne demande aucun saut quantique en matière de processus, de systèmes ou de formation du personnel. Trop, trop vite, trop cher et trop compliqué, tel est le bilan que nous font beaucoup de départements informatiques de banques suisses à propos de leurs projets actuels. Pour l’adéquation fiscale, il suffira de recourir à des prestataires externes pour l’aide à l’allocation de portefeuille, qui intègrent les composantes fiscale et opérationnelle aux modèles d’allocation actuels, parfois en donnant simplement la réponse demandée via un service en ligne.

Il faudrait toutefois que le service en question incorpore une méthodologie standard (donc peu coûteuse) en matière de modélisation des règles d’adéquation fiscale par pays, et surtout des services de support et de conseil en matière de fiscalité des investissements bancaires (ce qui requiert des humains hautement qualifiés). De cette façon, le gérant pourra encore travailler de nombreuses années dans ce monde complexe avec son outil informatique préféré… la liste des produits recommandés sur tableur (Excel).

Alors, recourir à la fintech, pour quoi faire? Certainement pas pour faire du «conseil fiscal» au client et encore moins pour être un simple suiveur de l’évolution technologique en matière financière. Mais simplement pour remettre les compétences humaines en matière d’allocation d’actifs au centre des préoccupations de la banque, dans le strict cadre de mandats de gestion désormais fiscalement adéquats.

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