Une fois de plus, la fermeté des cours du pétrole fait état de la puissance de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP). Le baril de Brent du Nord coté à Londres a franchi mercredi la barre des 26 dollars. Il s'agit là du niveau le plus élevé depuis janvier 1991, début de la guerre du Golfe. Ce renchérissement des produits pétroliers fait à nouveau frémir le niveau de l'inflation. L'économie suisse, déjà touchée par le raffermissement des cours à la fin de l'année 1999, montre les premiers signes d'inflation. Selon l'Office fédéral de la statistique (OFS), l'indice des prix à la production et à l'importation a bondi de 0,6% pour le seul mois de décembre 1999. Cette hausse est de 1,5% par rapport à l'année précédente.

Après une année 1998 désastreuse pour les pays producteurs de pétrole, la volonté de soutenir le prix du baril en fermant les vannes de quelques puits est à l'origine de cette envolée des cours.

A l'initiative de l'Arabie saoudite et du Venezuela qui avaient vu diminuer il y a un an leurs revenus pétroliers de près de 40%, les onze Etats membres du cartel se mettaient d'accord pour limiter leur production lors d'une réunion le 23 mars 1999 à Vienne. A cet effort s'ajoutait celui de pays qui ne font pas partie de l'organisation tels que la Russie, la Norvège, le Mexique et Oman. Depuis cette date, le cours du pétrole a plus que doublé. En dix mois, le baril est passé de 12 à 26 dollars. La réduction de l'extraction de 2,1 millions de barils/jour, soit près de 3% de la production mondiale proposée lors de la rencontre autrichienne, a été maintenue. Ce qui devait être un accord de courte durée s'est finalement prolongé vendredi 14 janvier. Le conseil de surveillance de l'OPEP formé du Koweït, de l'Iran et du Nigeria annonçait le maintien de cette politique de quotas. De l'avis même du ministre iranien Bijan Namdar-Zangheneh, cet engagement pourrait même tenir jusqu'en septembre 2000. Mais si la restriction du côté de l'offre est à l'origine de cette hausse, le prix du pétrole est aussi soutenu par l'augmentation de la demande liée à un retour de la croissance économique internationale. A cela s'ajoute une plus grande consommation en huiles de chauffage pendant la période hivernale. Toutes ces tendances conjuguées augmentent fortement les tensions inflationnistes.

Les premiers signes d'un frémissement des prix observés depuis le printemps 1999 se confirment en Suisse. Si la valeur des biens et services produits dans le pays n'a que très peu varié durant cette période (+0,3%), les biens importés ont en revanche connu une hausse de 1,4%. Sur un an, ces différences sont encore plus importantes avec respectivement 0,4% et 4,1%. Le principal mouvement du relevé mensuel de cet office provient de l'évolution des prix des énergies fossiles. Ce soubresaut est bien sûr étroitement lié à la hausse des cours du pétrole. Les accords de quotas passés au sein de l'OPEP qui limitent la production de l'or noir sont à l'origine de la montée en flèche du cours du baril. Bien que le pétrole ait perdu de son importance dans l'appareil productif, la Suisse est toujours fortement exposée à une variation de son prix. Si l'économie helvétique ne produit plus d'inflation, elle l'importe.

Une inflation importée

Il suffit qu'une part infime de cet indice pondéré augmente fortement pour que l'ensemble soit tiré vers le haut. Un choc, même amorti, fait vibrer le tout. Bien que le groupe des produits pétroliers corresponde à 5,9% de la valeur totale de l'indice, son renchérissement de 12,5% par rapport au mois de novembre modifie dès lors clairement la valeur pondérée finale. Le mazout, par exemple, a renchéri de 20,6% par rapport à novembre et, plus spectaculaire, de 123,8% sur une année. Il en va de même pour les carburants. Leurs prix ont augmenté respectivement de 5,2% et de 20,7%. A cet effet s'en ajoute un autre: la variation du taux de change entre le dollar américain et le franc suisse. Une appréciation du billet vert rend donc le bien importé plus cher, ce qui est le cas du pétrole. Voilà pourquoi la volatilité de l'indice des prix à l'importation est plus importante que celui des prix à la production (voir graphique). Mais de tous ces indicateurs, il en est un qui est déterminant du degré de perturbation qu'introduit le renchérissement du prix du pétrole dans l'économie suisse: le taux d'intérêt.

Un possible tour de vis monétaire de la Banque Nationale Suisse (BNS) pourrait être la première conséquence de l'importance de cette inflation importée.